mercredi 6 mai 2009

Académie De Roberval: une école pour raccrocher les gangs de rue

Murielle Chatelier
Reflet de Société
Janvier 2009

N.B. Ce texte s'est mérité une 2e place lors de la remise des Prix de l'Association des médias écrits communautaires du Québec 2009, dans la catégorie Entrevue. Cet événement s'est tenu le 2 mai 2009, dans le cadre du 28e congrès annuel du regroupement.

Le phénomène des gangs de rue n’a rien de nouveau pour le directeur d’une école publique du quartier Villeray. Au début de son mandat à l’école De Roberval, en 1992, Gérard Jeune a du composer avec plusieurs jeunes provenant de ce milieu criminalisé. Avec humilité, il raconte comment il a malgré tout fait le pari de développer chez ses élèves un véritable sentiment d’appartenance et de doter son école d’une meilleure réputation.

En arrivant à l’école secondaire De Roberval, Gérard Jeune savait qu’il y aurait beaucoup de travail à faire. Les actes de violence perpétrés dans cette école publique avaient trouvé écho dans le monde scolaire, et plusieurs membres de gangs de rue se trouvaient parmi ses élèves.

«Ce que j’ai trouvé à De Roberval, ce sont des jeunes issus en majorité de ma communauté (haïtienne) qui avaient besoin d’un modèle, d’une raison de se comporter comme il faut», dit posément Gérard Jeune, le directeur de l’école du quartier Villeray, qui se nomme aujourd’hui Académie De Roberval.

Gang de rue: sous haute surveillance

Quelques mois avant son arrivée à De Roberval, un affrontement sanglant entre deux bandes rivales d’étudiants avait retenu l’attention de tout le personnel de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) et des comités de liaison de la communauté haïtienne. Cinq jeunes avaient été blessés lors de cette violente bagarre, à la machette, orchestrée dans un wagon du métro, entre les stations Fabre et Jean-Talon. L’un d’eux avait même sombré dans le coma.

«On m’a pressenti comme étant l’homme de la situation, se rappelle le directeur. Avec mon poste de directeur adjoint pendant 3 ans à l’Académie Dunton, j’avais fait la preuve que je n’avais pas froid aux yeux et que je n’hésiterais pas à brasser les choses.»

C’est sans baisser la tête qu’il a entrepris sa première action à De Roberval: changer tous les cadenas. «Je savais que certains élèves avaient des armes. Avec un cadenas fourni par l’école, je détenais toutes les combinaisons et je pouvais vérifier le contenu de chaque casier.»

Implacable, il suspendait chaque élève armé. «J’avais des étudiants à l’œil. Je fouillais leurs casiers avant d’aller les chercher en classe pour qu’ils viennent eux-mêmes les ouvrir devant moi. Je ne me suis jamais contenté d’être un directeur présent. Je suis un directeur visible.»

Et il se faisait voir jusque dans le métro Fabre, situé à deux pas de l’école,
où il suivait ses élèves pour s’assurer qu’ils ne s’attroupent pas et qu’ils quittent bien le territoire de l’école. «Je n’avais aucun contrôle sur ce que faisaient mes jeunes en dehors de l’école. Mais tant qu’ils étaient sur mon territoire, et le métro en faisait partie en raison de sa proximité avec l’école, je ne tolérais aucun écart de conduite, et chacun le savait.»

Fini aussi les va-et-vient de jeunes qui ne fréquentaient pas l’école. Le mot était passé à l’extérieur. Et personne n’a osé se pointer pour défier l’autorité de ce directeur à la poigne de fer. Un régime de la peur? « Le fait d’être haïtien a beaucoup joué pour me faire accepter et surtout pour que les jeunes ne me considèrent pas comme leur ennemi. Ils me respectaient, même ceux qui ne fréquentaient pas l’école. Je pense que mon approche humaine a fait toute la différence. »

Un directeur à l’écoute des jeunes

«Si vous saviez le nombre de problèmes personnels que j’ai réglés dans ce bureau », dit M. Jeune, une lueur d’amusement dans les yeux à l’évocation de cet aspect de son rapport avec les jeunes. Toutes les tactiques étaient bonnes pour se tenir proche de ses ouailles.

«Parfois, je convoquais l’ami d’un élève en difficulté pour lui parler. Je sais que certains jeunes sont plus enclins à écouter des jeunes de leur âge. Comme ça, je m’assurais au moins que le message passe de façon efficace.»

Dans cette petite école de 500 âmes, aucun élève n’était un numéro. «L’un d’eux est arrivé ici avec le risque d’être emprisonné pour une accumulation de contraventions. Pour tenter de trouver une solution, je suis allé voir ses parents - en conduisant si vite pour être à l’heure que j’ai moi-même eu une contravention!
Ils étaient dans l’impossibilité de payer cette dette et s’étaient résignés à laisser leur enfant se faire emprisonner. Une chose m’apparaissait évidente: cet élève serait mieux à l’école que derrière les barreaux. Alors, j’ai payé de ma poche pour régler ce problème.»

Ces confidences dans le bureau du directeur n’étaient certainement pas le fruit du hasard. «J’ai été sévère avec les élèves de cette génération, mais je les aimais, et je suis persuadé qu’ils le savaient. Je voulais qu’ils réussissent leur vie, et j’ai été chercher tous les appuis possibles, autant auprès des enseignants que des élèves. Nous avons tous travaillé très fort.»

Contrer les gangs de rue: une vie étudiante bien remplie

Pendant un court instant, ses yeux s'immobilisent sur une caméra de surveillance suspendue en face de son bureau. Avec un léger sourire, il dit: «Vous voyez, ces jeunes-là, je vais devoir les faire sortir de l’école pour qu’ils rentrent chez eux. Ils aiment ça être ici.» En effet, sur l’écran, plus d’une heure et quart après le dernier son de cloche, des élèves se disputent joyeusement une partie de air-hockey dans le «foyer» de l’école. «Si un étudiant n’a pas de sentiment d’appartenance, il n’aura aucune motivation pour venir à l’école. Et c’est pour ça que j’ai instauré une vie étudiante diversifiée au sein de mon école.»

Une table de ping-pong installée en plein cœur du lieu de rencontre des étudiants a servi de premier pont entre ce directeur et ses élèves. Aujourd’hui, les élèves jouissent de cinq tables de jeu, ping-pong, baby-foot et air-hockey, d’une radio étudiante et d’une salle de cinéma qui se transforme en mini auditorium pour les danses du vendredi. Un technicien en loisirs a été embauché à temps partiel pour superviser ces activités.

Il ne se passe presque pas une semaine sans qu’un des anciens élèves de Gérard Jeune ne lui rende visite. Et comme pour lui donner raison, deux étudiants de la promotion 1994-1995 font le pied de grue devant le secrétariat à mon entrée dans
l’école. L’un d’eux, un banquier qui vit à Vancouver, était prêt à attendre M. Jeune des heures s’il le fallait.

Une nouvelle réputation, sans gang de rue

Depuis l’implantation en 1996 d’un projet éducatif qui consiste à sélectionner les meilleurs étudiants en les soumettant à un examen d’entrée, les perceptions envers cette école publique ont changé. «En plus de sélectionner les étudiants, l’Académie De Roberval s’est aussi dotée d’un code vestimentaire. Ces initiatives ont nettement contribué à notre notoriété.»

Dans les classements des écoles publiques, l’académie fait bonne figure et se positionne parmi les établissements les plus performants. «Depuis deux ans, on reçoit tellement de demandes qu’on est obligés de tenir deux soirées de portes ouvertes, et le gymnase se remplit à craquer à chaque fois. Quand c’est le moment des inscriptions, les files d’attente s’étirent jusqu’à l’extérieur du bâtiment. Je dois l’avouer, ça me fait vraiment plaisir ce succès», raconte Gérard Jeune en savourant les efforts qu’il a mis pour redorer son école.

Québécoise pure laine


Murielle Chatelier
Reflet de Société
Vol.17 No.3 Avril / Mai 2009


Comme bien des immigrants de 2e génération – c’est ainsi qu’on nomme officiellement les Québécois nés de parents immigrants – je me suis longtemps questionnée sur mon identité. Élevée à cheval entre deux cultures, celle de mes parents, originaires d’Haïti, et celle de leur terre d’accueil, j’arrivais difficilement à me définir. Québécoise ou Haïtienne? À 29 ans, cette quête incessante, grandissante et profondément troublante m’a amenée à faire un long séjour dans mon pays d’origine. Six mois à la recherche de mon second moi.

Les prétextes pour expliquer mon départ soudain vers la terre natale de mes parents furent nombreux. Opportunité d’emploi intéressante, besoin de changer d’environnement, envie de découvrir mes racines… La vérité, c’est que je ne savais plus où j’en étais. Dès mon adolescence, j’ai été marquée par de pénibles remises en question, au point de passer de longues heures à marcher dans les rues, avec mon lourd fardeau de questions sur le dos. Le melting pot des valeurs transmises par mes parents et de celles propres à la culture québécoise m’a toujours confondue et embrouillé l’esprit. Mais c’est lorsque j’ai intégré le marché du travail que cette quête a atteint un point culminant et est devenue intenable.

«Toi, t’es née où?», «Est-ce que tu comptes retourner dans ton pays un jour?», «Depuis combien de temps es-tu arrivée au Canada?», «Comptes-tu t’établir en banlieue comme une bonne partie des immigrants?», voilà autant de questions auxquelles j’ai eu droit de la part de mes collègues, alors que je suis bel et bien née au Québec, à Montréal. Et même, avant l’année 2007, je n’avais jamais mis le pied dans le pays de mes parents. À la longue, ces questions ont fait naître en moi un sentiment de frustration, surtout parce que j’ai toujours évolué dans la même société que mes confrères. Alors, à un moment, je me suis mise à penser que chez moi, c’était peut-être ailleurs.

Immigrante pour la première fois

Au début, quand je suis arrivée à Port-au-Prince, j’étais euphorique. Je sentais qu’on ne pouvait que m’accepter, parce que après tout, j’étais une des leurs. Pourtant, j’ai rapidement compris que pour les Haïtiens, j’étais l’étrangère. Oui, même sans avoir à ouvrir la bouche, on devinait que je n’étais pas du pays. Quand je marchais dans les rues, on me dévisageait l’air de dire : «Oh! Regarde l’étrangère.» Une fois, assise par terre dans un marché, au milieu des marchandises, un passant m’a pointée du doigt en disant : «C’est une diaspora (c’est ainsi qu’on appelle là-bas les Haïtiens nés à l’étranger).»

Pour survivre, je m’étais déniché un emploi de journaliste dans le plus grand quotidien de la place, Le Nouvelliste. Dans une ambiance de travail des plus décontractées, je me suis fait de nombreux amis. Même si je ne comprenais pas souvent les expressions qu’ils employaient - je maîtrise le créole, mais comme dans chaque culture, les expressions sont très «locales» - les échanges allaient bon train entre nous. Mais là encore, nos mentalités et nos préoccupations respectives étaient si diamétralement opposées que je me sentais seule dans mon coin, malgré les rires francs qui animaient nos conversations.

L’un de nos points de divergence était justement ma nationalité. Après quelques semaines passées dans la capitale, il ne faisait plus aucun doute dans ma tête que je ne pouvais pas me déclarer Haïtienne. Au contraire, j’avais plus envie de me dissocier de ce peuple que d’en faire partie. Le désordre généralisé dans lequel se trouve le pays, le manque de civisme des citoyens dans les rues, cette façon que les commerçants avaient de m’escroquer impudiquement parce qu’on supposait que j’avais plus d’argent que la moyenne, tout ça m’horripilait.

Pour mes collègues, animés d’un sentiment d’appartenance qui frise le fanatisme, c’était une trahison de dire que je me sentais plutôt Québécoise. Ils ne pouvaient pas comprendre que je ne sois pas habitée du même sentiment de fierté qu’eux, qui font partie de la première république noire à avoir acquis son indépendance. C’était en 1804. Moi, je vis en 2009. Et ça, c’était encore un point qui nous éloignait : ils vivent continuellement dans l’orgueil des gloires du passé, alors que les défis du présent m’importent plus.

Mes parents

D’ailleurs, c’est justement ce même passé qui est à la base de la mentalité de mes parents, et c’est ce que j’ai compris lors de ce voyage. Dans mon jeune âge, ils ne faisaient qu’appliquer ce que leurs propres parents leur avaient appris. Mais ils avaient peut-être oublié que les choses avaient évolué depuis, et que mon environnement n’avait rien à voir avec le leur. C’est malheureusement le cas de beaucoup de parents immigrants.

L’une des mesures disciplinaires prisées par mes parents était de m’empêcher de sortir, comme pour aller au parc avec ma sœur ou au cinéma avec mes amis. Selon leur façon de voir les choses, «l’extérieur» est une sorte de jungle où on peut facilement être amené à sortir du droit chemin, où les influences néfastes pullulent. Ce raisonnement qui m’emprisonnait a donné lieu à des scènes familiales orageuses dans notre foyer. Pour moi, l’extérieur est plutôt un lieu de découvertes. Mais en Haïti, j’ai bien vu que la mentalité de mes parents prévaut encore, parce que les sorties des enfants sont très limitées, et pour les mêmes raisons que naguère…

Mais j’ai aussi fait une merveilleuse découverte à propos de mes parents. Avant d’avoir visité la campagne où ils ont grandi, je ne me suis jamais intéressée à leur émigration vers le Canada. Aujourd’hui, je réalise plus que jamais le courage qu’ils ont eu de partir de si loin uniquement pour offrir un meilleur avenir à leurs enfants. Une campagne où les commodités modernes n’existent pas, où la pauvreté sévit, où les espoirs se sont depuis belle lurette envolés. Mes parents se sont tenus debout, et ont franchi toutes les frontières pour atterrir à Montréal. Mon père est arrivé avec à peine 100 $ en poche, en 1972. Avec acharnement, il a travaillé pour rapatrier ma mère, en 1974. Tout ça, pour épargner leurs enfants d’une vie de misère.

Qui suis-je maintenant?

À 31 ans, je ne me demande plus qui je suis, mais bien ce que je veux être. Bien sûr, ça me fatigue et m’irrite qu’on me demande encore d’où je viens. Certes, ma relation avec mes parents n’est pas idyllique. Mais j’ai saisi le pourquoi de leur périple, et par le fait même, les raisons qui font de moi un mélange de deux cultures. Vous savez, j’aurais pu grandir en Haïti, j’aurais pu être coincée dans ce pays, j’aurais pu ne pas pouvoir rêver comme je le fais, j’aurais pu être condamnée à l’indigence. J’étais à deux doigts de cette vie-là.

En me faisant naître au Québec, mes parents m’ont donné toute une liberté. Après avoir passé six mois dans leur pays, je sais que le temps n’est plus au questionnement. En fait, l’unique désir que mes parents aient tenté de m’exprimer, souvent maladroitement, c’est celui de me voir profiter de ma vie au maximum, et d’exploiter tous mes atouts. Ils m’ont transplantée ici pour ça, pour m’offrir cette opportunité. Alors, maman et papa, je vous le jure que j’ai compris maintenant. Et ce que je veux être, c’est ce que vous avez fait de moi : une citoyenne du monde.

Un courage exceptionnel

Murielle Chatelier
Le Journal de Montréal

Par une température de seulement 11 degrés, Geneviève n'a pas hésité à plonger dans le fleuve Saint-Laurent pour sauver une dame âgée de la noyade. Aujourd'hui, son geste lui vaudra d'être honorée au Parlement.

L'événement s'est produit le matin du 19 octobre 2006, tandis que la jeune femme de 27 ans à l'époque promenait tranquillement son chien.

Tout énervé, un passant l'a abordée pour lui demander si elle avait un cellulaire. Une désespérée se noyait à quelques pas d'eux.

Machinalement, la résidante de Verdun s'est dirigée vers le quai, où trois personnes assistaient impuissantes à la scène.

«Quand je suis arrivée, j'ai vu la personne dans l'eau relever la tête pour respirer, dit Geneviève. Je me suis dit : elle est vivante ! Je peux la sauver !»

Plonger

Pendant qu'elle conversait avec les passants, elle s'est mise à enlever son manteau et ses souliers.

«La seule chose qui m'inquiétait, c'était la froideur de l'eau. Je savais que je pouvais y arriver, mais je devais me dépêcher et ne pas m'arrêter.»

Faisant fi des inquiétudes exprimées par les personnes présentes, elle a sauté à l'eau.

«Ce sont les passants qui m'ont guidée dans l'eau, parce que je ne voyais pas grand-chose. J'ai réussi à rejoindre la dame, et je l'ai retournée pour la traîner vers la berge.»

Rendue sur la terre ferme, elle a constaté que la personne âgée qu'elle venait de sauver respirait normalement.

Presque aussitôt, les secours sont arrivés pour prendre soin des deux femmes. Et Geneviève n'a jamais su l'identité de celle pour qui elle a risqué sa vie.

«Quand l'ambulance m'a ramenée chez moi, j'ai pris une douche et je suis partie travailler, comme d'habitude.

«Le reste de la journée a été tellement normal que je me suis demandée si j'avais vraiment sauvé quelqu'un !», s'exclame la jeune femme.

Acte de bravoure

Pour le ministère de la Justice, cette journée où Geneviève Bergeron-Collin a sauvé une dame âgée de la noyade n'a rien de banal.

Aujourd'hui, son geste héroïque, ainsi que celui de 42 autres personnes, sera honoré au Parlement. Un hommage auquel elle ne s'attendait pas.

«J'ai reçu une lettre il y a environ trois semaines, qui m'invitait à Québec pour une cérémonie.

«Je suis vraiment très fière, mais quand on saute à l'eau comme ça, ce n'est certainement pas à une médaille qu'on pense !»

Des clowns rassurants

Murielle Chatelier
Le Journal de Montréal

En plus d’émerveiller les patients et de mettre un baume sur leurs douleurs, la présence des clowns thérapeutiques dans les hôpitaux détend aussi le personnel soignant.

Réalisée dans le cadre d’un projet pilote, une étude conjointe entre le département de radio-oncologie de l’hôpital Notre-Dame et l’organisme Dr Clown dévoile que les médecins et les infirmières sont moins stressés au contact des clowns-docteurs.

Résultats positifs

«Les résultats préliminaires de cette étude montrent que nos interventions à Notre-Dame ont eu un impact positif sur le personnel soignant», soutient Florence Vinit, la directrice psychosociale de l’organisme Dr Clown, en précisant que l’étude ne sera disponible que dans quelques semaines.

Selon elle, 60 % des employés ont trouvé que la présence de ces clowns a été bénéfique pour leur département, et 67 % y ont trouvé un bénéfice à un point de vue personnel.

«Parmi les commentaires recueillis, plusieurs ont mentionné que leur climat de travail a été allégé et qu’ils étaient de meilleure humeur», note la spécialiste.

Une formule qui plaît

L’organisme, qui oeuvre principalement dans des centres d’hébergement pour personnes âgées et dans des hôpitaux pour enfants, compile aussi depuis 2001 des bilans d’évaluation de la satisfaction des employés.

Du côté des centres d’hébergement, 52 % se disent ravis du travail de ces artistes qui usent d’humour, d’imaginaire et de tendresse pour détendre les patients, et 71 % souhaitent que cette expérience se poursuive.

En pédiatrie, la présence des clowns semble être plus que souhaitable. Plus de 97 % du personnel soignant aimerait que ce projet continue.

«Les clowns aident à établir une meilleure relation entre le médecin et l’enfant qu’il soigne», explique Mme Vinit.

«Par exemple, après les piqûres, le clown les accompagne tous les deux, et quand le médecin sourit avec l’enfant, il est perçu autrement que le "soignant qui fait juste mal".»

Du rire pour les employés

Avec ces résultats, l’organisme souhaite faire des interventions plus globales, où le personnel soignant sera pris en considération. «On a des retours qui nous disent que c’est important pour eux», affirme Mme Vinit.

Les 23 clowns thérapeutiques de l’organisme Dr Clown visitent chaque semaine huit centres d’hébergement et trois hôpitaux pour enfants.

Sauvée par le Portage

Murielle Chatelier
Le Journal de Montréal

Droguée, enceinte, sans ressources et glacée par le vent froid d'automne, Anna-Aude Caouette n'en pouvait plus de ses dix-sept ans de toxicomanie. Sa peur de mourir dans la rue l'a guidée vers son premier chez-soi : l'organisme Portage.

«C'est vraiment bizarre. J'ai tellement voulu être normale, mais je me suis toujours trouvée différente. C'est ce sentiment d'exclusion qui m'a fait sombrer», raconte la jeune femme de 27 ans.

En avril dernier, sa dépendance à la drogue, qui perdurait depuis son enfance, l'a poussée à demander de l'aide au centre de traitement Portage, de Montréal.

Gelée, elle traînait dans les rues à six mois de grossesse. Et c'est là qu'elle a touché le fond.

«Quand je suis arrivée à Portage, j'en pouvais plus. J'étais rendue loin. Le froid, la peur, la rue, la drogue, j'étais tannée. J'ai même dû abandonner ma première fille pour cette vie-là.»

Pas différente

Avec son nouveau-né sous le bras, Anna-Aude a entamé sa thérapie habitée par le même sentiment de différence qui l'a toujours suivie.

«Au début, je regardais les autres toxicomanes de haut parce que je me trouvais différente. La cohabitation était vraiment difficile», dit-elle.

C'est pourtant à travers leur regard qu'elle a fait une découverte qui a changé bien des choses dans sa vie.

«Je me suis rendue compte que ma différence était dans ma tête. Finalement, je suis comme tout le monde.»

Second souffle

Après six mois de thérapie, la jeune femme a vaincu sa toxicomanie. Mais cette réussite n'est pas sa plus grande fierté.

«J'ai retrouvé ma grande fille de 8 ans, et c'est ça que je voulais. Elle n'avait rien demandé cette petite, et je lui en ai fait voir de toutes les couleurs», soupire-t-elle.

À court terme, elle compte se consacrer uniquement à ses enfants, «être une petite maman à la maison».

«Plus tard, je rêve de faire de l'intervention. Je veux faire transcender mon expérience, pour qu'elle serve à ceux qui, comme moi, auront besoin d'aide.»

L'organisme Portage a célébré, hier, la victoire de 150 personnes sur leurs problèmes de toxicomanie.

Petit bonheur, gros plaisir

Murielle Chatelier
Le Journal de Montréal
9 janvier 2009


Le bonheur est simple, dit-on. Il semble bien que les cinq complices du spectacle 20 ans de bonheur le comprennent ainsi. Parce que c'est avec peu qu'ils ont offert beaucoup de plaisir à leur public, hier, au Cabaret du Casino de Montréal.

C'est dans une ambiance feutrée, où quelques bougies sur les tables illuminent légèrement la salle, que Jean-Guy Piché, un véritable boute-en-train, a semé des étincelles de joie dans son public.

Depuis 20 ans, lui et ses musiciens sillonnent le Canada et les États-Unis pour présenter leur Tournée du bonheur à un public du troisième âge (le groupe se produit régulièrement dans des résidences pour personnes âgées et dans des établissements de santé).

En puisant dans un répertoire de plus de 1000 chansons et pièces musicales qui s'étendent du début des années 1900 à aujourd'hui, ils ravivent les souvenirs des uns et font rêvasser les autres, plus jeunes.

Pas d'artifices

Sur une scène complètement dénudée, le chanteur et animateur y est allé de pas de danse, qu'il voulait maladroits, et de gags sur les couples, la longévité et l'amour, pour amuser les spectateurs.

«Les couples qui sont ensemble depuis très longtemps, c'est-tu de l'amour ou de l'intérêt? J'ai posé la question à une femme et elle m'a répondu: C'est sûrement de l'amour, parce de l'intérêt, y en a pus pantoute!»

Oui, un humour d'une autre époque, mais qui semblait plaire au public, qui se tapait les cuisses et en redemandait.

Dégageant toute une énergie et une vitalité -il faut le faire dans un costume noir et blanc avec des bretelles! -le chanteur a éclipsé ses musiciens. Mais il n'y a là rien de bien étonnant puisqu'il était le seul à interagir avec le public.

Heureux comme un roi (Francis Lopez), Ma mère chantait (Fabienne Thibeault), Mille après mille (Willie Lamothe) ne sont que quelques-uns des succès qu'il a entonnés avec sa voix de crooner.

À peine au tiers du spectacle, une dame âgée, apparemment très enchantée par sa prestation, l'a interrompu pour lui demander: «Vendez-vous des CD? J'aimerais ça.»

Mais...

Mais, il y a un petit mais. Les transitions entre les chansons étaient parfois brutales. Passer d'un must comme What a Wonderful World, de Louis Armstrong, à la chanson folklorique C'est l'aviron, c'est dur pour l'oreille.

Ou encore d'une magnifique narration sur La Trace de pas, toute en douceur, et qui a même arraché des larmes aux âmes sensibles, à une chanson rythmée comme Mille après mille.

Par contre, quand une dame s'écrie à la fin du spectacle: «C'est le plus bel après-midi de toute ma vie", tous les mais du monde ne pèsent plus rien dans la balance.

Dépotoirs à ciel ouvert

Murielle Chatelier
Le Journal de Montréal
5 janvier 2009


Depuis plus d'une semaine, certaines artères de la ville ont des allures de véritables dépotoirs. Les sacs de poubelle remplis d'ordures s'entassent sur les trottoirs enneigés et les citoyens, exaspérés, se demandent pourquoi la Ville ne les ramasse pas.

«Ça me fait penser à Bogota», lance tout de go Jean Bédard, résidant du quartier Villeray.

Cette situation déplorable a pu être observée dans les arrondissements Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension et Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.

«Je ne sais pas ce qui se passe. J'ai vu des tas de poubelles à plusieurs endroits dans la ville», soutient Bill Connor.

Dans certains coins, les poubelles sont sur la chaussée depuis si longtemps que les chats errants ont commencé à fouiller dedans et à en répandre le contenu.

«Ça n'a pas de bon sens et c'est dégueulasse. Je ne comprends vraiment pas pourquoi la Ville ne fait pas son travail», s'insurge Marie Rose.

Plusieurs ont émis l'hypothèse que le temps des Fêtes est la cause de ce laxisme, bien que les jours de collecte ne tombaient pas tous sur des jours fériés.

Il est bien indiqué sur le site de la Ville de Montréal que, dans plusieurs arrondissements, les collectes de Noël et du jour de l'An n'auraient pas lieu, mais il est aussi précisé qu'elles seraient reportées tout au plus d'un jour ou deux.

Pourtant, le dernier passage des cols bleus dans certaines rues remonterait... au 22 décembre !

Changements d'horaires

Selon un porte-parole de l'arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, des «changements en cours» dans la collecte des ordures ménagères pourraient affecter le service.

«Depuis le 29 décembre, les horaires de cueillette ont changé. Mais du 10 au 22 décembre, une campagne de promotion a été menée porte à porte pour informer les citoyens», avance Pierre-Emmanuel Larouche.

Contactés par le Journal, les quelques membres du personnel du réseau Accès Montréal, qui devraient pouvoir renseigner les citoyens à ce sujet, ne sont eux-mêmes pas au courant de ces modifications.

«Comme c'est nouveau, il se peut qu'il y ait des ajustements à faire», admet M. Larouche, qui précise aussi que de nouveaux contrats d'entretien négociés depuis peu sont à l'origine de ces changements.

Dans ce seul arrondissement, 32 horaires différents ont été modifiés.

On se bouscule au portillon

Murielle Chatelier
Le Journal de Montréal
7 décembre 2008


Après un début de saison riche en émotions où la notion de compétition a cédé sa place à une grande complicité sur le plateau de l’émission, Le Match des étoiles présentera sa première demi-finale mercredi.

La nouvelle formule de l’émission a changé la donne. Trois artistes qui évoluent sur scène pendant quatre semaines – au lieu d’un nouvel artiste chaque semaine –, ça crée des moments de télé très intimes.

«L’atmosphère a beaucoup changé sur le plateau, estime Normand Brathwaite. Les artistes s’attachent à leur chorégraphe, et vice-versa, et à la fin de chaque quart de finale, tout le monde pleure!»

Pour l’animateur, heureux que la danse soit revenue à la mode, le volet «public» apporte aussi son lot d’émotions. Cette année, une invitation «par métiers» a été lancée.


«Pour ces gens, infirmiers, chauffeurs d’autobus, pompiers, c’est le rêve d’une vie qui se réalise», croit l’animateur, ravi de cette dimension humaine qui donne un côté vrai à son émission.

«Et ils sont impressionnants! Ils rehaussent le niveau du spectacle et avec eux, on voit que beaucoup de gens savent danser au Québec.»

POPULARITÉ GRANDISSANTE

Les artistes et le public font des pieds et des mains pour participer à l’émission, si bien que la banque de candidats potentiels est remplie à craquer.

«On pourrait poursuivre l’émission avec la même formule pendant au moins quatre ans», assure la chef recherchiste Chantal Rousseau.

Selon elle, le travail ardu qui attend les danseurs n’est pas un frein à leur envie de se produire sur scène. Chaque semaine, tous les candidats doivent en effet se soumettre à un entraînement intensif de 12 heures.

Et même dans les écoles et les bureaux, le concept de cette émission, qui figure parmi les dix plus populaires de Radio-Canada, semble faire fureur.

«Les gens organisent des partys sous le thème du Match des étoiles. C’est très agréable de constater à quel point l’émission fonctionne», se réjouit Mme Rousseau.


•Le Match des étoiles, première demifinale présentée le mercredi 10 décembre, à 20 heures, sur les ondes de Radio-Canada.


LE DUR MÉTIER D'ANALYSTE

Le métier d’analyste est parfois ingrat. Pourtant, c’est avec joie que s’y prêtent Geneviève Guérard et Yves Desgagnés depuis quatre ans.

Que représente le rôle de commentateur pour vous?

G.G.: Ça représente pour moi une belle occasion de faire une transition de carrière. Ce rôle m’a permis de faire mon entrée dans le monde des communications, ce dont je rêve depuis mon plus jeune âge. C’est aussi un pur plaisir de voir des gens qui ne sont pas des professionnels exécuter des chorégraphies.

Y.D.: C’est un privilège d’être aux premières loges pour voir nos danseurs étoiles. Mon rôle en est beaucoup un de décorum parce Le Match des étoiles est avant tout une célébration de la beauté. L’expression humaine, c’est ça qui a de la valeur.

Qu’aimez-vous particulièrement de ce rôle?

G.G.: Encourager. Je me vois comme quelqu’un qui va faire ressortir le côté positif des performances des artistes. Si c’était de la danse professionnelle, j’agirais sûrement autrement. Avec la nouvelle formule du Match des étoiles, semaine après semaine, je peux donner des trucs aux danseurs pour qu’ils puissent s’améliorer.

Y.D.: Être à l’intérieur de la musique et de la danse. Ça me fait penser à mes premières amours, la Ligue nationale d’improvisation. J’ai l’impression de retrouver ce parfum-là avec le public et Normand, qui était avec moi à ce moment-là.

À quelles difficultés faites-vous face dans votre travail d’analyse de prestations?

G.G.: Premièrement, on ne voit pas du tout les numéros avant. Je dois donc formuler des commentaires cohérents et intéressants en l’espace de dix secondes, après chaque chorégraphie. C’est un stress de me rappeler de ce que je viens de voir et de le traduire en si peu de temps.

Y.D.: D’abord, il faut éviter de se répéter constamment. Après quatre ans, on a l’impression d’avoir visité tout le catalogue des compliments! Et il faut aussi personnaliser chaque commentaire.

Avec cette expérience d’analyste, est-ce que la danse revêt un attrait différent pour vous?

G.G.: C’est certain qu’avant, j’étais dans la position des danseurs et je n’ai jamais eu à verbaliser une chorégraphie. J’ai découvert que j’étais capable de comprendre une danse et de vulgariser des commentaires pour que le public comprenne mes impressions.

Y.D.: Oui! L’envie de mettre en scène un spectacle qui réunit la musique et la danse (Sherazade – Les Mille et une Nuits) est directement reliée à cette pratique.

Est-ce qu’il vous arrive parfois d’avoir envie d’enfiler un costume et de grimper sur scène?

G.G. (Rires): C’est certain! J’envie souvent les danseurs. J’aimerais parfois essayer la danse plus commerciale, comme le hip-hop. Ça pourrait être drôle! Mais ce n’est pas pour ça que je suis là.

Y.D.: Au moins une fois par semaine! Hier encore, je me retenais à deux mains pour ne pas sauter sur la scène. Et c’est ça le but de l’émission, créer cette envie de danser.

Du suspense jusqu'à la fin

Murielle Chatelier
Le Journal de Montréal
29 novembre 2008


Très stratégique, et déjà vu comme le meilleur joueur de tous les temps à Occupation double, Samuel gardera le suspense sur le choix de sa dulcinée jusqu’à la toute fin. La très posée Jessica ou l’explosive Claudia? Nul ne saurait prédire l’élue du coeur – ou des griffes – du plus beau parleur 2008!

La vue imprenable offerte par une luxueuse villa à plus de 1500 $ la nuitée, au Mexique, n’a pas su étourdir le joueur le plus stratégique de toutes les saisons d’Occupation double confondues.

Aux abords de la plage de l’hôtel Clara Vista, où s’est déroulé le sprint final de l’aventure dont on connaîtra – enfin! – le dénouement dimanche soir, Samuel est resté fidèle à lui-même.

Répartissant également son temps entre les deux finalistes, il a laissé toute l’équipe de production sur sa faim. Impossible de deviner son choix.

«À la fin du dernier souper d’élimination, quand Samuel a glissé la photo dans l’enveloppe, je ne pouvais toujours pas deviner son coup de coeur», nous apprend l’animateur Joël Legendre.

«Pendant tout le voyage, il a été équitable avec Jessica et Claudia, si bien que j’aurai la surprise en même temps que tout le monde dimanche!»

DU PAREIL AU MÊME

Si Samuel est resté fin stratège jusqu’au bout, les filles aussi sont restées fidèles à elles-mêmes.

Claudia, dont on connaît les émotions à fleur de peau, n’a pas su profiter de son séjour au Mexique.

Trop occupée à s’apitoyer sur son sort lorsque son beau Saguenéen s’adonnait à des activités avec Jessica, elle préférait s’enfermer dans sa bulle.

«Quand Claudia était avec Samuel. c’était toujours la plus belle journée de sa vie. Autrement, elle n’aidait pas sa cause.» Petit indice quant à l’issue du jeu? Rien n’est sûr! La jolie rousse a quant à elle toujours gardé le sourire et joui au maximum de ses quelques jours au soleil.


LE CHOIX DU QUÉBEC

Selon Joël Legendre, même le Québec est divisé sur le choix de la grande gagnante qui partagera un demi-million de dollars en prix. Mais un sondage sur le site officiel d’Occupation double couronne Jessica.

¸ «On aimerait que Claudia gagne parce que Samuel lui est redevable de l’avoir sauvé à plusieurs reprises. «Mais on apprécie aussi la stabilité qu’incarne Jessica, qui est toujours en harmonie avec sa personne», soutient-il.

Quoi qu’il en soit, aucun couple officiel n’a encore été formé dans la cuvée 2008 de l’émission.

L’amour sera-t-il quand même au rendez- vous cette année avec un candidat aussi indéchiffrable que Samuel? Ça reste à voir!


•La grande finale d’Occupation double aura lieu le dimanche 30 novembre, à 19h30, sur les ondes de TVA. Et la traditionnelle heure de vérité sera diffusée le dimanche 7 décembre, à la même heure.


CONTRAINTES INSPIRANTES

Malgré une popularité qui ne se dément pas, avec une moyenne de 1,7 million de spectateurs, Occupation double a quand même dû composer avec des voisins incommodés par son énorme production à Terrebonne.

Un couple, dont la maison est située entre celles qu’ont occupées les garçons et les filles, a demandé une injonction afin de faire annuler le tournage de la téléréalité de 5,5 millions de dollars.

C’est de cette mésentente qu’est venue l’idée d’organiser un road trip dans les dernières semaines de l’émission.

«Vous savez, quand on met des contraintes à un idéateur, ça éveille encore plus sa créativité! Le show en a été amélioré», se réjouit Joël Legendre.

Et le mot d’ordre pour cette cinquième saison était justement de surprendre les participants et le public.


UNE VICTOIRE… DIFFÉRENTE


Tapis rouge inversé, troisième maison de candidats, il fallait renouveler la formule cette année. L’une des décisions de l’équipe de production a été de ne pas trop s’impliquer dans le quotidien des candidats, pour leur laisser faire leurs propres choix.

«Avant, on forçait la note en montrant plus de vidéos fâcheuses qui pouvaient influencer les candidats. «Le choix final des filles peut paraître étonnant, mais elles n’ont pas vu la même chose que le public (les magouilles de Samuel).»

Même si l’animateur savait que le public, plutôt habitué à voir «les gentils » gagner, allait réagir fortement au choix des filles, il estime que Samuel mérite son titre de grand gagnant. «Au risque de me faire huer à mon tour, je dois dire que Samuel a su miser sur les bonnes filles, aux bons moments et aux bons endroits. Il a été exceptionnel!»

Descente de police dans une garderie

Murielle Chatelier
Le Journal de Montréal
17 octobre 2008

Primeur

La DPJ et la police ont eu toute une surprise en se rendant dans une garderie privée de Deux-Montagnes. Ils ont découvert 8 bambins attachés dans des sièges d'auto et camouflés entre une haie de cèdre et la maison de leur gardienne.

Ayant en main une plainte pour négligence envers des enfants, des agents de la DPJ se sont pointés, le 30 septembre dernier, à la garderie privée Le Jardin des frimousses, située 2e Avenue Nord. Ils étaient assistés d'agents du Service de police régionale de Deux-Montagnes et d'inspecteurs du ministère de la Famille et des Aînés.

Lors de l'inspection, ils ont découvert les enfants dehors. «Ainsi, il y avait 7 enfants dans le garage, un enfant était attaché dans un siège d'auto sur la table de cuisine, 8 étaient attachés dans des sièges d'auto, cachés à l'extérieur entre la maison et la haie de cèdre, et 2 autres enfants se promenaient dans la cour», peut-on lire dans une lettre du Ministère.

On y précise aussi que «la santé et la sécurité des enfants présents dans cette résidence (étaient) menacées».

Les autorités ont immédiatement contacté les parents pour qu'ils viennent récupérer leurs enfants dans cette garderie exploitée sans permis du Ministère.

Garderie surpeuplée

Au total, 18 enfants se faisaient garder dans un local exigu, au coût de 20 $ par jour. La gardienne, Nathalie Girard, disait se faire assister de son fils de 20 ans, qu'un parent rencontré sur les lieux n'a jamais vu.

«Nathalie m'a dit qu'elle se faisait aider par son fils, mais je ne l'ai jamais rencontré quand je venais», affirme Katrine Chaîné. Hier, elle s'est présentée sur place pour récupérer les effets personnels de son fils, après avoir tenté en vain de joindre sa gardienne.

«Je sais qu'il y avait beaucoup d'enfants, dit la jeune femme, mais comme on me donnait des reçus d'impôts et que c'était bien décoré, j'avais vraiment confiance.»

Une semaine après cet événement, le ministère de la Famille et des Aînés a fait parvenir une lettre à la gardienne fautive pour l'enjoindre de cesser ses activités.

La DPJ confirme qu'une enquête est en cours. «Certains faits restent à être validés, mais nous nous sommes assurés qu'aucun enfant n'est plus dans une situation à risque», a indiqué Joël Villeneuve, le chef de service à l'accueil de la DPJ.

«Je ne suis pas une criminelle»

Nathalie Girard prétend que c'est la panique de voir des policiers arriver chez elle qui l'a poussée à cacher les enfants à l'extérieur de sa garderie.

«Quand j'ai vu les policiers débarquer, j'ai été prise de panique», soutient la gardienne, qui se décrit comme une personne «hyperactive, nerveuse et impulsive».

Elle s'est donc précipitée pour cacher son trop-plein d'enfants et les soustraire à l'arrivée de «ces étrangers».

«La police m'a traitée comme une sauvage et ils se sont introduits de façon abusive chez moi. Je ne suis quand même pas une criminelle!» s'écrie celle qui exploite cette garderie privée depuis trois ans.

Pas en danger

Sans chercher à s'en cacher, elle admet qu'il y avait un nombre d'inscriptions trop élevé dans sa garderie.

Par ailleurs, elle soutient qu'elle prévoyait se procurer un permis dans les semaines à venir et que l'intervention de la DPJ l'a prise de court.

«Les enfants n'étaient nullement en danger. En plus, ils n'étaient pas tous là en même temps et je n'étais pas toute seule pour m'en occuper», se défend-elle.

Pour son conjoint, Sylvain Gascon, il n'y «a rien de grave» à garder 18 enfants en même temps.

«Le Ministère dit qu'on ne peut pas garder plus de 6 enfants à la fois, mais ce n'est qu'une norme, rien de plus. Nous n'avons fait qu'une petite entorse au règlement.»

Mme Girard a maintenant mis sa maison en vente.

L'Université pour la Paix

Murielle Chatelier
Reflet de Société
Vol.16 No.6 Sept. / Oct. 2008

L’importance de vivre dans un monde en paix, voilà ce qu’on enseigne à l’Université pour la Paix (UPEACE). Au terme de cet apprentissage, la seule arme dont disposent les étudiants pour éviter et résoudre les conflits, c’est leur diplôme.

À UPEACE, on croit fermement que les jeunes de toutes les cultures du monde devraient partager le même idéal pacifiste. C’est dans cette optique que, depuis le début des années 2000, l’établissement recrute ses étudiants aux quatre coins de la planète. « Si les jeunes du monde entier partagent la même vision du respect des droits humains et s’engagent à participer à un développement durable, nous pouvons espérer vivre dans un monde plus harmonieux », sous-tend le recteur de UPEACE, M. John J. Maresca.

Chaque année, le nombre d’admissions dans cette université augmente. « L’intérêt pour ce type d’apprentissage croît de façon fulgurante », assure le recteur. UPEACE est la seule institution affiliée à l’Organisation des Nations Unies (ONU) autorisée à décerner des diplômes d’études supérieures sur la paix et sur la résolution de conflits.

Depuis 2003, plus de 45 Canadiens ont suivi un programme sur la paix. « Nous sommes vraiment très fiers que tous ces jeunes Canadiens soient venus étudier chez nous, déclare M. Maresca. Leur pays nous a tellement soutenu dans nos efforts. » Les rapports privilégiés entre l’université et le Canada devaient d’ailleurs se résulter par l’implantation du premier programme universitaire à l’extérieur du campus de Costa Rica. Un projet qui n’a pas pu voir le jour sur notre territoire, freiné par un processus trop long.

D’étudiants à promoteurs de la paix

Les diplômés de UPEACE sont formés pour devenir des leaders qui peuvent changer le monde. Nombre d’entre eux occupent des postes clés qui les amènent à combattre les conflits, la violence et les inégalités sociales. « Nos leaders ne deviendront pas tous des premiers ministres, dit M. Maresca avec une pointe d’humour. Un leader est avant tout quelqu’un qui sait ce qui est bien, et qui fait tout pour s’assurer que ses actions vont en ce sens. »

Le Kényan Dan Juma, diplômé de la promotion 2006 en Loi internationale et droits humains, est très actif sur la scène internationale depuis la fin de ses études. À titre d’expert, il a été invité à commenter le conflit qui sévit au Kenya sur les ondes du réseau anglais de Radio-Canada, CBC. Toujours au même titre, il a aussi participé à la Conférence mondiale sur la prévention du génocide, tenue du 11 au 13 octobre 2007 à l’Université McGill.

« Une éducation basée sur la paix est essentielle, estime M. Maresca. Nos étudiants font face à leurs défis avec courage, et avec ce qu’ils ont appris à l’Université pour la Paix. » La majorité de leurs diplômés travaillent au sein d’organisations non gouvernementales (ONG), tandis que d’autres sont employés par l’ONU ou deviennent des enseignants. À une échelle plus individuelle, les promoteurs de la paix rencontrent les mêmes défis quotidiens que tout citoyen soucieux de vivre dans une société d’égalité et de paix.

Une brochette d’enseignants

Tout comme les étudiants admis à UPEACE, le personnel enseignant sur place en permanence provient de partout dans le monde : Égypte, Suisse, Salvador, Pérou, France, pour ne nommer que ces pays-là. Leurs expériences distinctes font d’eux des ressources diversifiées dans un environnement des plus multiculturels. Toute une richesse pour ces étudiants qui seront amenés à étudier les conflits de nombreux pays dans le cadre de leurs fonctions.

Les personnalités internationales qui se déplacent pour enseigner pendant de courtes périodes à UPEACE sont des experts dans leur domaine. Plusieurs Canadiens figurent sur cette liste, dont le Dr Gerald Caplan, un analyste et activiste politique mondialement reconnu. Il se spécialise notamment dans les questions africaines, particulièrement dans celles qui portent sur les génocides. Titulaire d’un doctorat en histoire africaine, il est l’auteur du rapport très médiatisé Rwanda, The Preventable Genocide (ou en français, Rwanda, le génocide qu’on pouvait prévenir).

Main dans la main avec l’ONU

Bien que UPEACE ait vécu des années difficiles, l’ONU a reconnu ses importants progrès et a demandé un renforcement de leur coopération en 2006. Une résolution a donc été adoptée par une commission et le texte stipulait : « Avec les efforts accomplis pour revitaliser et pour renforcer l'université, elle est aujourd'hui, plus que jamais, un centre international spécialisé dans l'éducation, la formation et la recherche sur toutes les questions liées à la paix et au conflit ».

Pour rester en dehors de toute lutte politique et pour conserver sa vocation strictement académique, l’université a été dotée d’une charte et elle s’assure depuis toujours de son indépendance financière vis-à-vis de l’ONU. Il n’en demeure pas moins qu’à la base, les programmes dispensés par UPEACE sont inspirés par la culture de cette organisation mondiale et l’université cherche à en soutenir les mêmes objectifs. Dans son dépliant publicitaire, l’établissement indique que « UPEACE est un membre de la famille onusienne » et se réjouit de bénéficier quand même d’une liberté d’action.

Des programmes accessibles à tous

En plus d’offrir à ses étudiants des programmes qui mènent à l’obtention d’une maîtrise, UPEACE offre aux organismes des ateliers et des formations de courte durée sur la paix et sur la résolution de conflits. À travers les écoles dans le monde, l’université met à la disposition des enseignants du matériel pédagogique. Toute personne intéressée peut aussi suivre une formation à distance ou se procurer une série de livres sur la paix.

L’une des missions principales de UPEACE est de rendre son enseignement accessible à tous. L’université est présente à plusieurs endroits au moyen de ses bureaux régionaux à Genève, à New York et à Addis Ababa, en Éthiopie. Des centres d’activités académiques et de recherche sont aussi affiliés à UPEACE en Serbie, en Colombie et en Uruguay.

« L’ONU nous a donné le mandat de diffuser notre enseignement à travers le monde, conclut le recteur de UPEACE. Nous croyons qu’à défaut de pouvoir le faire pour l’humanité entière, notre devoir est au moins de rejoindre tous les jeunes qui s’intéressent à ce type d’apprentissage, peu importent les frontières. »

Spécialistes du périmé

Murielle Chatelier
Le Journal de Montréal
3 septembre 2008

Alors qu'une crise de listériose et de salmonellose inquiète et secoue tout le pays, des commerçants de Montréal semblent se spécialiser dans la vente d'aliments périmés.

Deux commerces de la rue D'Amiens, dans Montréal-Nord, le Marché Miracle 110 et le Méga Dépôt, vendent des produits alimentaires dont la date de péremption remonte souvent à plus de quatre mois, voire deux ans.

Confiture, mayonnaise, olives noires et barres tendres pour enfants figurent parmi la trentaine de produits que le Journal s'est procurée jeudi sur les étagères à la propreté douteuse de ces deux magasins.

Dans un local où des aliments semblent avoir été tout bonnement «pitchés» sur les tablettes, le Méga Dépôt vend des boîtes de céréales écrasées et des vinaigrettes à l'allure inquiétante. Sans parler du pêle-mêle de vêtements, aspirateurs et autres articles.

Antiquité

Sur certains produits au Miracle 110, où la poussière a élu domicile, la durée de conservation semblait avoir été volontairement masquée.

Mais un examen approfondi a permis à la journaliste du Journal de dénicher une véritable antiquité : une sauce barbecue dont la date de péremption est... juillet 2006 !

Dans ces épiceries achalandées, les consommateurs semblent plutôt au courant des pratiques des propriétaires.

«Oui, je sais qu'on vend des produits périmés ici, dit Mme Lien, qui fait ses achats au Miracle 110 depuis cinq ans. Mais je fais attention et je trie mes aliments.»

Après une courte hésitation, une dame dans la quarantaine lance au pas de course : «L'essentiel, c'est de regarder les dates.»

Aucun empoisonnement

Le superviseur du Méga Dépôt, Adel, s'étonne que le Journal ait trouvé sur ses tablettes des produits vieux de plusieurs mois.

«D'habitude, on jette les aliments au bout de quelques jours après la date de péremption, mais pas des mois !»

Il ne se formalise cependant pas outre mesure de vendre des produits périmés à ses clients.

«Tous nos clients savent que nous vendons des produits périmés, et tant que nous n'enlevons pas les étiquettes, nous sommes dans notre droit», affirme-t-il avant de préciser que personne ne s'est jamais empoisonné avec ses aliments.

Déçu, il retourne en France

Murielle Chatelier
Le Journal de Montréal
15 juillet 2008

Malgré ses 15 ans d'expérience comme pompier en France, Ludovic Raynal doit tout recommencer à zéro pour être pompier au Québec.

«J'ai toujours dit qu'il y a des différences entre le travail d'un pompier français et celui d'un pompier québécois, mais de là à tout réapprendre ?», s'insurge M. Raynal.

Bardé de toutes les attestations possibles dans son métier - il a plus de 2 000 heures de formation à son actif -, M. Raynal a appris au cours des dernières semaines que son expérience et ses qualifications ne valent pas grand-chose au Québec.

«Les trois écoles que j'ai contactées m'ont informé que je dois suivre une formation complète si je veux travailler au Québec. Je devrais même réapprendre à enfiler ma tenue de pompier !», dénonce-t-il.

Installé dans le 4 1/2 d'une cousine, M. Raynal vit entassé avec huit autres personnes, dont sa femme et son fils.

«On ne veut pas dépenser toutes nos économies inutilement pour se loger, déclare-t-il. Même ma femme ne peut pas travailler dans son domaine comme préposée bénéficiaire, alors qu'elle l'a fait pendant 14 ans en France.»

Une équivalence qui n'en est pas une

Désireux de poursuivre sa carrière dans le seul domaine qu'il connaît, M. Raynal a demandé une équivalence de ses acquis au ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles.

Selon cette instance gouvernementale, ses acquis se traduisent au Québec par une attestation d'études collégiales en bâtiment et travaux publics.

«Déjà, c'est en dessous de mon niveau français, et en plus, je ne sais même pas en quoi consiste ce diplôme.»

M. Raynal a donc contesté l'évaluation comparative de ses études. Mais le Ministère est resté sur sa position.

Départ forcé

Arrivé en mai dernier, le pompier a déjà pris la décision de ramener son petit monde en France, à moins d'un revirement majeur. Son conteneur d'effets personnels n'a même pas encore atteint nos rives.

«C'est tout ce qu'on attend. Dès qu'il arrive, on s'en va. Comment peut-on rester au Québec dans des conditions pareilles alors qu'on est venus pour avoir une meilleure qualité de vie ?»

Des femmes bibelots

Murielle Chatelier
Le Journal de Montréal
28 mai 2008

Les femmes nues maquillées de peinture corporelle symbolisent une attraction sexy très prisée dans les soirées montréalaises, où elles font littéralement figure de bibelots.

Le body painting est de plus en plus en demande, autant dans les fêtes privées d’entreprise que lors d’événements plus glamour.

Pour ces mannequins qui déambulent pratiquement nues dans les salles de réception, leurs «tenues peintes» sont loin d’être choquantes ou vulgaires.

«Un corps de femme, c’est beau. Autant faire de l’art avec», lance Élise Lortie Grondin, une mannequin heureuse de se muer en produit promotionnel le temps de quelques événements.

À 100 $ de l’heure en moyenne, elle dévoile ses courbes lors de nombreux événements, dont une soirée organisée au Club Opéra dans le cadre de la Semaine de mode de Montréal.

Quand les hommes l’approchent pour lui demander si elle se sent bien à peine vêtue, ce qui arrive régulièrement, elle leur répond qu’elle est à l’aise avec son corps. «Et ils sont très respectueux», affirme-t-elle.

Depuis trois mois, la jeune femme de 21 ans exerce sa carrière de mannequin «body painted» parallèlement à son travail de barmaid.

Plus d’art que de nudité

Nathalie Legault, une mannequin devenue maquilleuse professionnelle, sursaute quand on parle de nudité dans le body painting.

«Quand je joue les mannequins, je porte des sous-vêtements très minces de couleur peau. Je ne suis pas toute nue!», s’exclame-t-elle.

«C’est sûr qu’il y a des gens pas très professionnels qui veulent faire un coup d’argent ou donner un gros show en laissant les mannequins complètement nues, mais dans mon agence, on est très classe», ajoute-t-elle.

Une tendance qui s’affirme

Dans le métier depuis 10 ans, Ève Monnier, une des rares peintres corporels qui exploite des agences de mannequins à Montréal, reçoit maintenant fréquemment des demandes pour du body painting.

Dernièrement, le très couru Bal de la Jonquille accueillait ses invités avec une mannequin aux seins nus simplement recouverte d’une peinture dorée et exposée sur un lit rotatif. «Les organisateurs de soirées sont à la recherche de nouveaux attraits», explique Mme Monnier.

Des animaux de la jungle aux habits gothiques, tous les souhaits excentriques peuvent être exaucés. «Les clients deviennent de plus en plus exigeants», soutient-elle.

Les mannequins qui prêtent leur corps à l’art de la peinture corporelle sont surtout des étudiantes, des modèles qui travaillent à la pige et, plus rarement, des jeunes mères de famille.

Haïti: Le journalisme de l'indigence

Murielle Chatelier
Le Trente
Montréal, Québec
Édition du mois de mai 2008

De retour d’un stage de six mois dans les médias de son pays d’origine, Murielle Chatelier constate le malaise de la presse haïtienne, qui exerce avec un minimum de ressources. Et un maximum de contraintes.

Pendant cinq mois, j’ai exercé ma profession de journaliste en Haïti au quotidien Le Nouvelliste, à Port-au-Prince. Après avoir vu certains collègues s’emprunter des piles pour leurs caméras — trop chères, surtout quand l’employeur rechigne à les rembourser —, j’ai vite compris que je serais livrée à moi-même dans cette aventure.

« La seule raison pour laquelle je suis journaliste, c’est parce que je suis profondément passionné par ce métier. » C’est ce que déclarent la majorité des journalistes en Haïti quand on les interroge sur ce qui les pousse à accepter de travailler dans des conditions dévalorisantes pour leur profession.

Dans la salle de rédaction, seulement deux postes téléphoniques, qui ne fonctionnent qu’à l’occasion. Dès que l’un d’eux se libère, on se rue dessus, si bien qu’il faut souvent renoncer à les utiliser. Il faut aussi composer avec un salaire dérisoire. Les 150 dollars consentis mensuellement ne suffisent même pas à payer le loyer. Les journalistes les plus anciens peuvent obtenir jusqu’à 400 dollars, parfois un peu plus. En fait, vivre en Haïti m’a coûté beaucoup plus cher que de vivre à Montréal, dans des conditions beaucoup plus modestes.

Les supermarchés en Haïti sont des lieux de haut luxe qui ne sont fréquentés que par les privilégiés. La bouteille de jus Oasis s’y vend près de 2,50 $, comparativement à 1,25 $ ici. Les 150 dollars de salaire? Le loyer varie entre 200 et 400 dollars… sans compter la téléphonie, qui coûte une centaine de dollars, et la nourriture, trois fois ce prix. Chaque mois, mon déficit oscillait entre 700 et 1700 dollars.

Dans les médias, le traitement salarial est au cœur des réflexions. Les journalistes sont si mal payés qu’il leur est presque impossible de se contenter d’un seul emploi. « En choisissant de devenir journaliste en Haïti, il ne faut même pas s’attendre à pouvoir se nourrir », déclare d’entrée de jeu Clarens Renois, chef du bureau de l’Agence France-Presse (AFP) en Haïti.

Journaliste depuis plus de 20 ans, il a l’expérience des salles de nouvelles de plusieurs médias haïtiens, de la radio au quotidien en passant par la télévision. Formé aux États-Unis, Clarens Renois estime que le manque de formation de ses confrères est en bonne partie la cause de ce problème. « Les formations sont plutôt générales. Comme les journalistes sont mal formés, on les paie n’importe comment », déplore-t-il.

Pierre Gardymy Avril, journaliste à la radio qui n’a suivi qu’un séminaire d’un mois, est payé environ 50 dollars par mois. En plus de couvrir l’actualité locale, il anime une émission… dont il paie le temps d’antenne à son employeur! « Pour animer mon émission, j’ai dû trouver des commanditaires pour qui je fais de la publicité. C’est une façon de m’assurer un revenu plus raisonnable. » Une pratique plutôt courante dans les radios haïtiennes.

Les moyens du bord

Pénurie de stylos, de cartes d’appel, de postes téléphoniques, d’ordinateurs, d’accès internet, de ressources documentaires, de moyens de transport, de matériel technique… la liste est sans fin. Plusieurs journalistes de la radio rédigent leurs bulletins de nouvelles à la main et utilisent encore des magnétocassettes au son effroyable en ondes.

Les maigres salaires sont investis dans l’achat de matériel. Évelyne, qui travaille pour une agence de presse en ligne, s’est ainsi procuré un petit magnétophone, à ses frais : « On m’avait promis de m’en envoyer un, ainsi qu’un ordinateur portatif. » Elle souligne tout de même que son employeur, à qui elle transmet ses informations par téléphone, lui fournit assez de cartes d’appel.

Avec un minimum de ressources, c’est un minimum d’effort qui peut être fourni par les journalistes. Souvent affectés aux conférences de presse plutôt qu’à une recherche sur des sujets qui nécessitent plus d’investissements, les médias sont truffés des annonces faites par les grandes organisations, celles qui peuvent se payer une conférence de presse. Avec buffet, puisque ce sera parfois le repas principal d’un journaliste. Les conversations entre collègues portent souvent sur les comparaisons entre les divers buffets.

Trop de conférences de presse, et une information réduite à un seul point de vue, souvent commenté. Il y a beaucoup d’opinion dans la presse haïtienne. « On investit le minimum dans les journalistes, qui ne font pas de l’information, mais de l’institutionnel », s’insurge le chef du bureau de l’AFP. Selon lui, il est presque inimaginable de penser que les médias électroniques, concentrés à Port-au-Prince, déboursent les sommes nécessaires à la réalisation de reportages dans les villes plus éloignées. Quelques efforts ont tout de même été constatés récemment dans la presse écrite. Mais c’est l’exception plutôt que la règle.

Il faut travailler fort pour remplir ses pages. Ainsi, on ne peut faire qu’une seule entrevue par jour, puisque l’état du transport en commun nécessite parfois une journée entière pour rencontrer un interlocuteur. Il faut aussi quitter la rédaction avant la tombée du jour, par prudence. Les conditions ne sont plus aussi dangereuses qu’elles l’étaient, mais restent difficiles. Les vieux routiers connaissent les pièges à éviter, mais sont constamment sur leurs gardes. Ainsi, relater une histoire d’inceste ou un crime exige de biffer les noms pour diminuer les risques de représailles.

Publireporters

Les journalistes deviennent malgré eux des porte-parole. Des organisations non gouvernementales ou dépendantes de l’État les invitent parfois à couvrir des conférences de presse « rémunérées ». Au quotidien, les organisations ou les acteurs économiques offrent des ristournes à ceux qui couvriront leur nouvelle, soulevant la question du conflit d’intérêts et de l’impartialité des journalistes. « On aimerait pouvoir mieux encadrer nos journalistes », déclare un rédacteur en chef sous le couvert de l’anonymat. « Je sais que la corruption existe. Mais ce n’est pas moi qui décide des conditions de travail », conclut-il en haussant les épaules, impuissant.

Les journalistes sont donc sollicités directement sur leur lieu de travail pour produire des articles à saveur de publireportage : lancement de nouveaux produits, ouverture ou expansion d’entreprises commerciales, anniversaires d’institutions privées, presque tout peut faire l’objet d’un reportage. Surtout quand l’argent est mis sur la table. Quelques journalistes ressemblent ainsi à de véritables gens d’affaires, d’où la perception que certains médias sont plus des commerces que des diffuseurs d’information au service du public.

Les journalistes aimeraient réclamer haut et fort de meilleures conditions de travail. Mais trouver un emploi en Haïti est déjà un exploit. Prendre le risque de le perdre? Un choix difficile, d’autant que la syndicalisation est nulle. Ils sont complètement démunis devant leurs employeurs. Dans ce pays sans loi, les licenciements n’ont pas besoin de justification. En apparence, peut-être, mais, dans les faits, tous les coups bas sont permis. Et les deux parties ne le savent que trop bien.

Le journaliste québécois André Lachance forme les journalistes haïtiens sous les auspices du projet Réseau Liberté, financé par l’Agence canadienne de développement international. Il se désole de voir tant de talent se perdre. « J’ai côtoyé bien des journalistes talentueux, mais ce sont les difficultés avant tout qui entravent leur travail. » Comment lire le soir sans électricité quand c’est son seul temps libre, faire des recherches sur le web quand il y a une file d’attente devant les ordinateurs, communiquer avec des intervenants quand un culte du secret les bâillonne. Comment, surtout, travailler à ses frais, d’autant plus qu’aucune compensation n’est offerte lorsqu’on se prend une balle en cours de reportage?

Pourtant, parler de ces conditions est un risque à prendre en Haïti. André Lachance en sait quelque chose. Lors de la publication d’un texte décrivant les conditions déplorables du journalisme dans la patrie de Dany Laferrière, il s’est retrouvé au cœur d’une controverse qui a fait couler beaucoup d’encre, en janvier dernier. Un texte dressant un portrait réaliste de la presse haïtienne lui a valu des critiques enflammées. Il a été accusé de racisme et de condescendance, et le ciel s’est déchaîné sur le formateur de Réseau Liberté. Mais, dans les coulisses, les journalistes haïtiens étaient plutôt heureux. « Ce qu’il a écrit, c’est vrai. C’est juste que, nous, on ne peut pas le dire », a dit un jeune journaliste, à l’instar de nombre de ses collègues.

Viser le sommet pour les enfants d'Haïti

Murielle Chatelier
Le Nouvelliste (Port-au-Prince, Haïti)
30 janvier 2008


Une fonctionnaire de l'Ambassade du Canada en Haïti se prépare à gravir la plus haute montagne d'Afrique au profit des enfants des rues d'Haïti. Alors que les autres membres de son expédition amasseront des fonds pour les enfants disparus du Québec, Céline Beaudoin fait une grande promesse : déployer le drapeau d'Haïti au sommet du Kilimandjaro.

Céline Beaudoin vit en Haïti depuis septembre 2006. Elle se donne maintenant une mission : nourrir les enfants des rues. À travers son défi d'escalade, qui demande une intense préparation physique - sa combinaison d'entraînement, encore humide de ses efforts, pendouille d'ailleurs au crochet de sa porte de bureau - elle espère attirer l'attention d'éventuels partenaires. « C'est un appel d'offres que je lance, un cri d'alarme », s'exclame Mme Beaudoin.

Le 6 février prochain, elle entamera l'ascension du mont Kilimandjaro en compagnie d'onze coéquipiers. Chaque année, plusieurs organismes caritatifs entreprennent cette grande aventure pour recueillir des fonds pour les causes qui leur tiennent à coeur. Mme Beaudoin a choisi d'épouser une cause locale pour inciter des citoyens haïtiens bien nantis à se joindre à elle. « Si on ne se serre pas les coudes, rien ne va changer », croit-elle.

Elle veut mettre sur pied un point de distribution de nourriture pour les enfants des rues. Mme Beaudoin invite particulièrement les restaurateurs à s'intéresser à son projet. « Je me suis toujours demandé ce que les restaurateurs font de leur nourriture en trop. Peut-être qu'on peut en faire quelque chose pour les enfants qui ont faim. »

À titre de deuxième secrétaire de l'ambassade canadienne, elle est régulièrement témoin de gestes de générosité isolés. « Il y a des gens qui font de belles actions individuellement. J'en connais personnellement plusieurs. Je veux maintenant qu'on se mette tous ensemble pour nourrir ces enfants, et aussi, pour dialoguer avec eux. »

Escalader le Kilimandjaro n'est pas une mince affaire. Chaque année, plus de 25 000 voyageurs internationaux tentent cette ascension. La moitié d'entre eux ne parviennent pas à faire le trajet en entier et environ 25 personnes y laissent leur vie. « C'est sûr que je crains les effets de l'altitude, dit Mme Beaudoin. Il y a certains endroits où on a 60 % moins d'oxygène qu'à la normale. Mais je ne pourrai pas savoir ce que ça va me faire avant d'y être. »

Elle a choisi d'entreprendre une action qui sort de l'ordinaire pour remuer les gens qui peuvent l'aider. « Il faut sortir de cette misère qui perdure. Sans manger, les enfants ne peuvent pas aller à l'école. Je veux m'impliquer personnellement dans ce projet, et j'aimerais que d'autres en fassent autant. » Une fois par semaine, elle veut faire une différence dans la vie de ces enfants.

Le 13 février, Mme Beaudoin atteindra le sommet de la plus haute montagne d'Afrique au prix de nombreux efforts. Elle le fait pour une seule raison : « L'avenir, ça commence par les enfants. »

Encore plus de soutien pour les caisses financières

Murielle Chatelier
Le Nouvelliste (Port-au-Prince, Haïti)
15 janvier 2008


Au cours des trois prochaines années, le Développement international Desjardins (DID) travaillera à accroître l'interconnectivité des 56 caisses financières qui composent son réseau en Haïti, en plus de celles se trouvant dans quatre autres pays. Un projet financé par la Fondation Bill et Melinda Gates.

Le projet de 9,1 millions de dollars américains mené par DID permettra de mettre au point, de tester et de démarrer une nouvelle plateforme informatique qui reliera ensemble les coopératives d'épargne et de crédit de chacun des cinq réseaux impliqués. Ça représente plus de 250 établissements. Les membres d'un même réseau pourront ainsi effectuer des transactions dans différents points de service et les coopératives pourront transférer des fonds entre elles.

Depuis deux ans, DID dirige un projet-pilote d'implantation d'infrastructures de télécommunications, lequel permettra d'atteindre l'interconnectivité. « Nous allons entrer dans la 3e année de ce projet d'informatisation des caisses, signale M. Réal Deschênes, le chef de mission de DID. Il y a quelques accrocs, mais de façon générale, les résultats sont satisfaisants. »

Une présence internationale

Présent au Vietnam, au Burkina Faso, au Mali et au Togo, DID réalise son mandat de plus grande envergure en Haïti : il se déroule sur une période de dix ans. Actuellement, plus de quatre projets sont en cours pour amener les coopératives à s'associer à un plus grand système financier et à accroître leur portée, notamment. DID est aussi présent en ville qu'en province.

Ces innovations pourront par la suite être étendues au sein du réseau d'institutions financières partenaires de DID à travers le monde, c'est-à-dire dans une vingtaine de pays de l'Afrique, de l'Asie, de l'Amérique latine, des Antilles, de l'Europe centrale et de l'Est. DID mènera aussi des études afin d'évaluer les résultats de l'interconnectivité.

Des répercussions locales

Le président de la Fédération des caisses Le Levier, M. Bel-Aval Laguerre, estime que ce projet permettra aux coopératives haïtiennes de bénéficier de l'expérience d'économies d'échelle importante. « Ce nouveau projet devrait déboucher sur des opportunités intéressantes pour les membres des caisses. Dans quelques années, ils seront en mesure d'effectuer des transactions à travers tout le réseau, d'un comptoir de services à l'autre. »

Le projet de DID sera mis en branle au cours des prochains mois. « Un jour, dit M. Laguerre, avec l'interconnectivité, on pourra aller très loin. »

Publicité et humour : une recette infaillible ?

Murielle Chatelier
Le Nouvelliste (Port-au-Prince, Haïti)
11 décembre 2007


Beaucoup de nos publicités locales sont basées sur des scénarios à saveur humoristique, autant à la radio qu'à la télévision. Mais, dans les faits, les messages drôles vendent-ils autant qu'on le pense?

Plusieurs publicitaires s'accrochent à l'humour comme à une bouée de sauvetage. Pourtant, les plus aguerris dans le métier s'entendent pour dire que l'humour ne vend pas à tout coup. Parce qu'il y a un risque à l'utiliser : celui de le faire passer avant le produit.

Un humour trop présent peut tout bonnement éclipser le produit. De nombreux tests ont démontré que le lien est difficile à établir avec la marque lorsque l'humour prend plus de place que le produit.

Christina Guérin, publicitaire et associée de Scream, une société de création et de réalisation multimédia, le reconnaît : « En publicité, il est essentiel de ne jamais perdre de vue ni le produit ni le message. ».

Une compagnie new yorkaise de recherche en communication, McCollum Spielman, a mené une étude sur le sujet. Elle a constaté que même si 75 % des publicités qui utilisent l'humour retiennent l'attention à un taux supérieur ou égal à la moyenne, seulement 31 % des messages humoristiques persuadent les consommateurs plus que la normale.

Le problème est souvent lié au fait que le message persuasif est freiné par le message humoristique : on porte davantage attention à la blague et à l'émotion qu'elle suscite qu'au message proprement dit. « Il m'est déjà arrivé de regarder une publicité absolument hilarante, raconte Mme Guérin. Après, j'ai essayé de me souvenir du produit : j'en ai été incapable. Je ne me souvenais que de la blague. »

L'humour plaît et on s'imagine souvent qu'une publicité efficace est celle qui plaît. L'association est facile et rapide. Sauf que l'équation n'est pas aussi simple qu'il y paraît. Une publicité peut plaire, mais ne pas convaincre. La formule, si on veut qu'elle fonctionne, demande une écriture d'une grande rigueur et d'une habileté qui n'est pas à la portée du premier rédacteur venu.

Un phénomène d'ici et d'ailleurs

Mais le phénomène n'est pas propre à Haïti : le rire est universel et il est recherché dans toutes les cultures du monde. Qui n'a pas envie de se laisser aller et d'exprimer spontanément sa gaieté ? Qui ne cherche pas l'insouciance ? Le rire est avant tout un réflexe, une réaction involontaire, et aucune société ne peut prétendre y être plus prédisposée qu'une autre.

Toutefois, selon Mme Guérin, l'humour a une place particulière dans la culture du pays : « En Haïti, rire est une façon qu'on a trouvé de survivre. Vous constaterez qu'après chaque tragédie qui secoue le pays, il y a des blagues qui circulent sur le sujet », raconte-t-elle. Le vieux dicton « Mieux vaut en rire qu'en pleurer » prendrait-il tout son sens ici ?

Un publicitaire québécois qui parcourt le monde pour les besoins de ses clients, Jean Desautels, a déjà fait ce rapprochement entre l'expression du sens de l'humour et les peuples les moins puissants : « Les peuples dominés ou conquis trouvent plus facilement dans un humour simple un exutoire à leur mal de vivre, et un refuge face à leur angoisse existentielle. Haïti entre dans cette catégorie, et le Québec aussi. ».

Et la présence de vedettes alors?

L'une des plus vieilles stratégies en publicité, éprouvée et même conseillée, consiste à utiliser un porte-parole connu pour vendre un produit. Les consommateurs retiennent et identifient ainsi mieux les marques. Les vedettes bénéficient aussi généralement d'un capital de sympathie assez élevé. Mais là encore, il y a des nuances importantes à considérer.

Dans le paysage médiatique d'ici, plusieurs publicitaires font appel aux mêmes humoristes, tels que Tonton Bicha ou Georges, pour endosser diverses marques. Une approche réprouvée par les publicitaires de renommée internationale. M. Desautels explique : « Si un personnage est utilisé pour plusieurs marques, son propos ne peut être associé à une seule d'entre elles. Il contribue donc à créer de la confusion et à réduire la personnalité de chacune de ces marques. Du point de vue du pouvoir de la marque, du branding, c'est catastrophique. »

Mme Guérin est moins catégorique à ce sujet, mais ne rejette toutefois pas le principe : « C'est sûr qu'on ne souhaite pas créer une image « prostituante », admet-elle, en soupesant ses mots. L'idée, c'est de garder le personnage le plus longtemps possible avec une marque, mais les humoristes font ce qu'ils veulent. ». Elle relate aussi que ce sont souvent les clients qui décident de leur campagne publicitaire. « Des fois, on ne nous donne pas le choix. Si le client insiste pour avoir un humoriste connu, on n'y peut rien », dit-elle.

De l'humour, encore et toujours

Le passé de Christina Guérin au coeur de la comédie radiophonique Roye ! Les Voilà ! lui colle à la peau. Elle déclare sans hésiter que sa boîte recherche l'humour avant tout dans ses créations : « L'humour est une façon simple de communiquer un message. Et le grand public n'est pas assez familier avec l'industrie publicitaire pour lui présenter des messages compliqués ou subtils, soutient-elle. L'humour a cet avantage d'aller droit au but. ».

Chaque année, elle et son équipe laissent exploser leur délire créatif lors de la soirée Dekole ville, qui se tiendra le 21 décembre cette année, au Parc Historique de la Canne à Sucre. « Avec nos commanditaires, on réalise des publicités complètement farfelues qui ne doivent être diffusées que lors de cet événement. Alors, là! on se fait plaisir et on ne se laisse pas contraindre par les règles et le bon goût général », conclut-elle en souriant.

Les publicités humoristiques gagnantes sont celles qui vendent un produit avant tout. Le but de la publicité n'a jamais été de divertir, mais de vendre. Quel annonceur souhaite voir son produit disparaître sous des fous rires déclenchés par un scénario ou un personnage ? Certainement pas celui qui dépense des milliers de dollars justement pour placer ce produit sous les feux des projecteurs.

Les banques méprisent-elles le capital client?

Murielle Chatelier
Le Nouvelliste (Port-au-Prince, Haïti)
29 octobre 2007


Plus d’une cinquantaine de clients d’une grande banque de la place a manifesté, vendredi matin, son impatience : il n’y avait que trois caissiers à leur service. Une étudiante, dont le début des cours approchait, a fulminé contre la lenteur désespérante du service : « Je suis sûre que dans les pays étrangers on est mieux traités ! »

En attendant de rencontrer les dirigeants des institutions bancaires, je fais part, à chaud, de mes propres expériences avec leurs services à la clientèle.

« Bonjour, madame, dis-je avec un grand sourire. J’aimerais ouvrir un compte. » Sans prendre la peine de me répondre ni même de lever les yeux de ses paperasses, la préposée à l’accueil d’une succursale de la Unibank m’indique du doigt le bureau du service à la clientèle. Indignée par son inattention, surtout par son impolitesse, je me rends tout de même à l’endroit désigné.

La préposée qui me reçoit - en mastiquant un chewing gum rouge qui détonne sur sa langue rosâtre - se contente, sans jamais daigner m’accorder le moindre sourire, de remplir un formulaire. Elle ne tente rien pour me vendre des produits bancaires correspondant à mon profil. À moi de poser toutes les questions. Une fois les formalités administratives complétées, elle m’invite à me rendre à la caisse pour faire un premier dépôt.

Alors que je fais la queue depuis quelques minutes au guichet, un client se faufile devant moi sous les yeux de la caissière. Son geste grossier me stupéfie. Je m’insurge. Le fautif lance en manière d’excuse : « Je suis juste venu actualiser mon compte. » La caissière prend le carnet du client et me laisse patienter, bouillante de rage. Manifestement content d’avoir trouvé une complice, le malappris s’est retourné vers moi et a lâché, ironique : « Tu ne sais pas c’est quoi actualiser un compte ? (sic) »

Même constat

Étonnée d’avoir été servie avec si peu de courtoisie, je me rends à la BUH pour ouvrir un autre compte. La jeune femme qui me sert doit consulter au moins cinq de ses collègues pour trouver réponse à mes questions : elle ne connaît pas les services offerts par son institution. Une de ses collègues doit même se dédire après avoir affirmé, d’un ton péremptoire, qu’il n’y a aucun bureau de transfert montréalais affilié à la BUH. À un moment, la préposée principale me plaque pour aller faire une causette avec une collègue. Lorsque je lui rappelle qu’elle est en train de me donner une explication sur un service, elle s’exclame : « Je vous avais oubliée ! »

Pas plus souriante, la préposée à l’accueil de la Sogebank me sert debout sur le pas de la porte (!) avant de me guider vers le guichet pour faire un dépôt. À ma grande surprise, j’aperçois sur le comptoir une photocopie de la carte de crédit d’un client avec toutes ses données personnelles, son solde de 18 000 $ US et ses coordonnées - adresse, numéro de téléphone -étalés à la vue de tous.

« Avancez », m’intime le guichetier alors qu’il n’a pas encore terminé avec son client. Lorsque je le lui fais remarquer, il me rétorque, surpris : « Vous êtes prête à attendre ! » Mais quelle question!... Une transaction bancaire ne s’effectue-t-elle pas dans la plus grande confidentialité ?

Je vivrai la même expérience à la BNC et à la Capital Bank : d’un côté, le niveau d’indiscrétion est tel que je préfère m’abstenir d’ouvrir un compte, car la préposée à l’accueil reçoit deux clients à la fois tout en répondant à diverses demandes. De l’autre, la préposée réduit le service à ses préoccupations personnelles.

Ce n’est qu’à la Scotiabank que je reçois un service décent. La préposée me sert avec diligence et me fournit des explications détaillées et précises. Mais comme partout ailleurs, je n’ai droit à aucun sourire.

Publicité, silence !

Certaines de ces banques vantent pourtant les mérites de leurs services dans des campagnes publicitaires agressives. À la Capital Bank, une affiche trône à l’entrée : « Certaines banques se battent pour être # 1. Capital Bank travaille sans relâche pour que vous soyez # 1. Il ne s’agit pas de nous, il s’agit de vous. » Dans l’une des succursales, la préposée du service à la clientèle fait plutôt de l’appel téléphonique personnel qu’elle reçoit sa préoccupation # 1 : « Tu passes me voirrrrr à la maison ou à la banque », roucoule-t-elle en admirant ses ongles.

À la BUH, deux slogans s’adressent aux éventuels clients : « La vie est service » et « La course vers le service n’a pas de ligne d’arrivée ». Songeuse, je ne peux m’empêcher de me demander comment un service qui n’a pas de ligne de départ peut avoir une ligne d’arrivée ?

En tant que capital clients, ne mériterions-nous pas davantage d’investissement ou d’empathie ? Peut-être que je me trompe…

Port-au-Prince, capitale du kidnapping

Murielle Chatelier
La Presse
Collaboration spéciale
25 mai 2007


Les enlèvements se multiplient dans la capitale haïtienne. Le phénomène prend de l'ampleur au point qu'aujourd'hui, des hommes peuvent même enlever leur propre mère.

À la fin du mois de mars, un Américain de 68 ans a été enlevé pour avoir refusé de payer une somme promise à une prostituée. Cette femme a alors commandé son kidnapping à des «relations». Le 1er avril, son cadavre a été retrouvé malgré le versement d'une rançon de près de 6000$.

Au cours du même mois, un nourrisson de 5 mois a été enlevé avec la complicité d'un de ses oncles. Il a été séquestré, étranglé, puis jeté dans un canal. Un garçon de 9 ans a aussi été kidnappé avant d'être tué et abandonné aux chiens.

Assis dans son bureau de la capitale, un avocat de 38 ans qui préfère taire son nom se rappelle difficilement sa propre expérience. Il a été enlevé le vendredi 27 octobre 2006, en plein jour, alors qu'il se rendait à Port-au-Prince pour affaires.

À peine a-t-il franchi l'entrée de la ville qu'une camionnette s'est immobilisée devant lui, ses trois passagers prétextant une panne. Deux d'entre eux lui ont soudainement pointé des armes au visage, tandis que le troisième l'a violemment arraché à son volant. Comme c'est souvent le cas, les témoins sont restés impassibles, figés par la peur.

«Ils m'ont passé des lunettes noires aveuglantes, ligoté et projeté sur le siège arrière de mon véhicule sans ménagement», relate péniblement l'avocat. Il a ensuite été conduit à la base du chef de ses assaillants avant d'être dépouillé de tous ses effets personnels.

Il avait en sa possession une somme «intéressante» pour le début des négociations: 16 000 gourdes (environ 500$). «Pour eux, c'est une somme importante», déclare la victime. Le chef l'a alors interrogé - en prenant soin de garder une arme collée sur sa tempe - pour évaluer son «potentiel» de rançon: selon ses estimations, cet avocat pourrait lui rapporter 150 000$.

Ses kidnappeurs ont rapidement contacté ses proches, non sans l'avoir menacé à maintes reprises de l'achever s'il ne coopérait pas. «Je tremblais de peur tellement j'étais sûr d'y laisser ma peau.» Durant toutes les procédures, il n'a opposé aucune résistance à ses kidnappeurs. Les récits d'horreur de victimes passées à tabac ou sauvagement assassinées l'ont paralysé.

À un moment, il a cru son heure venue. «J'ai entendu un grand fracas. Tout le monde s'est mis à crier et à courir, au milieu des coups de feu.» Des hommes lui ont alors enlevé ses lunettes avant de le détacher. L'otage venait d'être libéré par des policiers d'une cellule spécialisée contre les enlèvements.

Des histoires de famille

Depuis un certain temps, les kidnappeurs ont modifié leurs tactiques. Ils ciblent souvent les membres de leur propre famille. Des fils commanderaient ainsi l'enlèvement de leur mère, des oncles, celui de leurs neveux ou nièces.

Selon le responsable du Réseau national de défense des droits humains en Haïti, Pierre Espérance, l'absence de justice sociale est la cause principale de cette situation: «La loi n'est ni appliquée ni respectée dans cette jungle. Et les conséquences se répercutent dans les liens familiaux, banalisés au même titre que la vie humaine.»

M. Espérance rappelle que parmi les centaines de personnes arrêtées dernièrement, moins d'une dizaine ont été sanctionnées. «Les gens savent que quoi qu'ils fassent, ils resteront impunis. Tout le monde fait maintenant n'importe quoi. C'est l'anarchie totale.»

Il refuse de mettre la pauvreté en cause dans ce drame. «Trop de gens ont le réflexe d'expliquer le kidnapping en se référant à la misère, alors que le peuple s'y est résigné depuis des décennies. Il est temps de comprendre que les problèmes en Haïti vont bien au-delà de cette unique considération.»