samedi 16 janvier 2010

Haïti, écoute-moi maintenant

Haïti, je te connais depuis peu, et dès notre première rencontre, tu m'as choquée. Port-au-Prince particulièrement. Ce que j'ai pensé quand je t'ai vu, c'est que tu devais être rasé pour pouvoir être mieux repris en mains. J'ai aussi pensé qu'on devait sortir de ton ventre tous ces Haïtiens qui t'aiment tant, pour les instruire, leur apprendre les rudiments d'une société organisée. C'est ce que j'ai pensé.

Ce que tu m'as dit pour expliquer ton état déplorable, à travers la bouche de ceux-là même qui disent t'adorer, c'est que tu es différent. Que chez toi, les choses ne se passent pas comme ailleurs, que les principes qui régissent les sociétés occidentales ne s'appliquent pas à toi. Être structuré, organisé, non, ça ne te va pas à toi. Tu préfères le désordre, laisser ton peuple dans l'indigence, lui infliger des conditions de vie si atroces qu'on ne peut même pas les décrire.

Je pourrais m'en foutre de tout ça, Haïti. Je suis Québécoise, je suis née à Montréal. Mais mes parents viennent de toi, et j'aurais pu moi aussi sortir de toi. Et puis, je connais maintenant ton peuple. Je m'y suis attachée. Ce que je veux te dire aujourd'hui, Haïti, c'est qu'il est temps que tu te regardes telle que tu es, que tu assumes les horreurs qui te définissent. Jouer à l'autruche, oublie ça. Tu n'en as plus le droit.

Ton coeur, Port-au-Prince, est désormais détruit. J'entends ici et là des voix qui demandent à ce que tes citoyens soient évacués du pays. Mais toi et moi, on le sait: tes habitants t'adulent, se saigneraient à vif pour toi. Alors, demande à ton président de commencer à prendre les mesures qui ont fait l'objet de mille conférences de presse, d'un milliard de questionnements. Commence par rediriger tes citoyens vers les provinces, là où il y a amplement de place pour les accueillir. Ça fait longtemps que tu en parles: il faut développer la campagne.

Pour ça, Haïti, il va falloir que tu acceptes d'être organisé, parce qu'une fois là-bas, tes citoyens devront avoir les moyens de survivre, et il leur faut des outils. Arrête de croire que tu peux encore fuir ces vérités. Envoyer les tiens vers l'étranger, à quoi ça servira? Pour la plupart, ils ne savent même pas c'est quoi vivre dans un lieu civilisé. Oh, non, ne te fâche pas de m'entendre te cracher ça au visage. C'est toi qui as fait d'eux ce qu'ils sont.

Alors, Haïti, tu es au fin fond du précipice. Toi qui te targues d'avoir su acquérir ton indépendance en 1804, ben tu vas finir sous la tutelle de ceux que tu hais. L'aide internationale, tu ne peux pas y échapper. Non, ne demande pas qu'on te donne cet argent. Ne dis pas que tu saurais quoi en faire. Ça fait des décennies que l'argent te vient de toutes parts et que ton peuple crève quand même de faim. Comme un bébé, tu as besoin qu'on te tienne pour faire tes premiers véritables pas. Parce qu'à mon sens, tu ne t'es presque jamais tenu debout ce dernier siècle. Je ne t'en veux pas, peut-être que tu n'as pas su comment faire.

Mais là, Haïti, accepte ta défaite. Accepte que tu n'as pas su comment te débrouiller. Oui, c'est dur de faire face à l'échec. Même que si la nature ne s'en était pas mêlé, tu serais encore dans le même état. Jusqu'à quand? L'éternité peut-être. C'est triste, désolant ce qui arrive. J'en ai pleuré des heures. J'ai mal pour mes amis, qui ont vu leurs proches disparaître, qui ont vu leur vie voler en éclats. Mais ce séisme t'offre la possibilité de renaître. Sauf que n'oublie pas, tu vas devoir accepter de CHANGER.

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