dimanche 17 janvier 2010

Préval, faut que j'te cause

Préval, je suis à deux doigts de te manquer de respect. Mais comme mes parents m'ont relativement bien élevée, je serai simplement un tantinet insolente. Je te trouve audacieux. Au Québec, on dirait que tu as du front tout l'tour d'la tête. Je t'ai entendu faire une sortie dans les médias et dire que l'aide envoyée en Haïti est mal coordonnée. Mais toi, Préval, qu'as-tu déjà coordonné, avec succès de surcroît?

Quand j'étais en Haïti, je n'ai jamais senti la présence d'un État, d'un gouvernement. Le peuple était laissé à lui-même. Oh, j'ai bien vu que certains ministères ont fait de louables efforts pour améliorer la situation cauchemardesque dans laquelle les gens sont englués. Ton ministère de la Condition féminine a par exemple utilisé une partie de ses fonds pour attribuer des noms de femmes à certaines rues de la capitale. Quand la majorité du peuple est analphabète, peux-tu bien me dire à quoi rime une telle mesure? Et mieux, quand les besoins VITAUX et DE BASE d'une population ne sont même pas comblés, qu'est-ce qu'une rue appelée Marie au lieu de Jacques peut-elle lui apporter comme différence?

Puis, maintenant, Préval, c'est quoi ton plan de sauvegarde pour les Port-au-Princiens? Parce que c'est bien beau l'aide alimentaire, je n'ai rien à redire à cela, les gens sont au bord de l'inanition, mais bientôt, dans quelques jours, que comptes-tu faire de toutes ces âmes qui errent dans les rues? Inévitablement, il va pleuvoir et quiconque connait Haïti sait combien une simple pluie peut être meurtrière dans la capitale lorsqu'elle dégringole des montagnes et emporte tout sur son passage. Maintenant que les gens n'ont plus de refuge, où vont-il bien pouvoir s'abriter quand ces intempéries surviendront? Je t'épargne les visions apocalyptiques qui hantent mon esprit quand je pense à tous ces corps putréfiés et à ces carcasses d'animaux qui jonchent les rues. As-tu pensé à coordonner un plan d'action pour ça, mon ami?

Ce que tu devrais comprendre, cher président, c'est qu'en théorie, les autres pays ne doivent rien à ton gouvernement. Normalement, t'es supposé être autonome et posséder au moins quelques moyens pour venir en aide à ton peuple. Juste comme ça, en passant, je porte à ton attention que ta capitale ne possède qu'un seul camion de pompier pour desservir une ville entière, que tes policiers demandent parfois aux citoyens de leur payer de l'essence pour venir les secourir, que certains édifices sous ta gouverne ne sont même pas équipés d'un système de téléphonie - quelle ironie quand un contribuable en quête d'un service doit prêter son téléphone à un de tes employés pour y avoir droit (voir mon article sur la DGI. Que les personnes ensevelies sous les décombres de ce bâtiment reposent en paix.).

Peut-être devrais-je aussi te rappeler sur quel terrain ces forces étrangères sont appelées à intervenir. Sans aller trop loin, je te souligne que chez toi, un bol de toilette est encore considéré comme un confort "moderne". C'est dire à quel point vous souffrez d'archaïsme aïgu. Pour nous, reste du monde, la modernité, c'est pas mal plus que ça. Fait qu'il se peut que l'aide internationale soit un peu débalancée par le primitivisme auquel elle est confrontée. Pour aller plus loin, tout en Haïti est érigé, pensé, analysé, évalué, géré de façon anarchique. Rajoutant à cela la catastrophe que l'on connaît, qui est d'une ampleur sans précédent, notamment parce que rien n'est fait dans l'ordre en Haïti, ne crois-tu pas que ce soit normal que l'aide internationale prenne un certain temps avant de se fixer des repères, qu'elle réfléchisse avant d'agir pour ne pas perpétuer ton sens de la confusion? Peut-on lui en vouloir d'être dépassée, de chercher un point de départ cohérent? Toi-même, tu n'as jamais su par où commencer.

Je n'ai aucun doute que les autorités étrangères parviendront quand même à poser des actions efficaces. Et pour toi, Préval, peut-on en dire autant? S'il n'en tenait qu'à moi, il y a longtemps que tu aurais été remercié. Mais bon, en même temps, quand on constate à quel niveau d'indécence le pays est rendu, on comprend bien que ce n'est pas l'oeuvre de l'inaction d'un seul homme.

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