mardi 27 juillet 2010

La garde partagée réinventée

Murielle Chatelier
Enfants Québec
Février-Mars 2010
Extrait

Pour éviter à leurs enfants de vivre constamment dans leurs valises, certains parents séparés ont imaginé des formules inusitées.

Il y a quatre ans, Josée-Ann Trudel et son conjoint ont mis fin à leur union. Pour la jeune maman, il était hors de question que leurs enfants en bas âge, deux filles de 8 mois et 4 ans, subissent les contrecoups de cette séparation en étant charriées d’une maison à l’autre. Une solution s’est vite imposée: les bambines vivraient toujours au même endroit, et ce serait aux parents de faire le roulement jour après jour. «Quand il y a des enfants en jeu, je suis en quelque sorte antiséparation», explique Josée-Ann. D’un commun accord, les parents ont décidé de s’installer en alternance dans un logement qu’ils possèdent à Montréal, en y aménageant quand même chacun leur chambre. Ainsi, quand l’un est avec les enfants dans l’appartement familial, situé à Longueuil, l’autre habite le logement montréalais. Une formule qui a nécessité une période d’adaptation… surtout pour les parents!

Respect et amitié

«C’est sûr que nous n’avons pas choisi la situation idéale pour refaire notre vie, admet Josée-Ann. Mais le plus important a toujours été l’équilibre de nos enfants. Nous les avons enracinées dans une certaine sécurité, et elles n’ont pas perdu leurs repères. Elles sont bien, enjouées et confiantes, contrairement à d’autres enfants de parents séparés que j’ai connus.»

Pour Élise-Mercier Gouin, psychologue au Centre jeunesse de Montréal, ce type de relation «rapprochée» est une source de grande richesse pour les enfants, bien que ces cas soient très rares et demandent aussi une grande maturité. «Ce ne sont pas tous les parents qui parviennent à communiquer aussi directement après une séparation. Le respect entre les deux ex-conjoints est une notion très importante dans cette situation.» Ce à quoi Josée-Ann ajouterait une certaine dose d’amitié. «Dans le cas de mon “ex” et moi, notre rupture ne nous empêche pas de faire des activités familiales, comme de partir en vacances tous ensemble deux semaines par année», dit-elle.

N’y a-t-il pas là un danger de confusion pour les enfants qui ne savent plus si leurs parents forment ou non un couple ? « Ce genre de situation peut en effet alimenter le désir des enfants de voir leurs parents se remettre ensemble, convient Élise-Mercier Gouin. Un voyage en famille crée sûrement plus de confusion et de faux espoirs qu’un simple anniversaire, parce que cette activité suppose un degré d’intimité plus élevé. Toutefois, le désir de réconciliation existe chez tous les enfants de parents séparés, et l’important est surtout de nommer clairement la séparation.»

Ne pas reproduire le pattern

Olivier Touchette a vécu une expérience semblable à celle de Josée-Ann jusqu’à l’an dernier. Après une union de plus de douze ans — dont étaient nés quatre enfants —, il a fait cavalier seul pendant environ trois ans. Souhaitant lui aussi éviter à ses enfants de se promener d’un logement à un autre, il a décidé que la maison resterait leur domicile, et s’est loué un pied-à-terre. Son ex-conjointe dormait chez divers amis lorsque ce n’était pas son tour de garde, jusqu’à ce qu’elle se résolve à utiliser pendant quelque temps le pied-à-terre de son ex-conjoint. Les deux parents assumaient ainsi la garde de leurs enfants alternativement.

«Ayant moi-même grandi au sein d’une famille désunie, mon passé a définitivement influencé mes choix d’adulte, dit Olivier. Je savais ce que je voulais et ce que je ne voulais pas pour mes enfants. À mon époque, la garde partagée ne faisait pas encore partie des mœurs québécoises. Quand le divorce de mes parents a été prononcé, j’ai choisi de rester avec mon père, à Nicolet, alors que ma mère s’est installée à Montréal. Je ne la voyais donc pas souvent, et je trouvais pénible d’avoir à voyager pour être avec elle.»

Aux yeux d’Olivier, l’arrangement familial établi avec son ancienne conjointe était l’idéal, autant pour la stabilité des enfants que pour son propre bien-être. «Faire vivre nos enfants sous un seul toit nous évitait les aspects logistiques de la garde partagée traditionnelle: transporter les effets de quatre enfants, sans oublier leurs objets fétiches, ce n’est pas toujours commode.»

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