mardi 27 juillet 2010

Leur école est à la maison

Murielle Chatelier
Enfants Québec
Mai-Juin 2010
Extrait

La scolarisation à domicile séduit de plus en plus de parents au Québec. Reportage auprès de familles qui ont choisi ce mode de vie.

Chaque matin, après le déjeuner, Maude Duplain reste attablée avec ses deux filles, Charlotte, 12 ans, et Félicia, 7 ans, pendant que le petit dernier, Jacob, 18 mois, vaque à d’autres occupations. Pas de rush du matin destiné à pousser la tribu vers l’école, la garderie ou le travail: tout le monde reste à la maison, car la jeune maman s’est donné comme mission d’enseigner elle-même le programme scolaire à ses enfants. «J’ai commencé cette formule alors que j’accompagnais mon mari qui avait un contrat de travail en Indonésie. L’école internationale était trop chère, alors j’ai pris en main l’éducation de ma première fille. Et j’ai tellement aimé l’expérience, malgré ses exigences, que j’ai décidé de la poursuivre à notre retour dans la province.»

Au Québec, selon le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), environ 900 élèves étaient scolarisés à domicile en 2008-2009, une centaine de plus que l’année précédente. Mais d’après l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED), ces données ne reflèteraient que très partiellement ce phénomène en pleine effervescence, puisque la majorité des parents ne déclareraient pas leur initiative à la commission scolaire de leur région. Pour l’Association, ils seraient plutôt entre 2500 et 3000 enfants à étudier au sein de leur foyer, surtout au primaire, et plus rarement au secondaire.

Des mathématiques à la nage synchronisée

Chez les Duplain, qui vivent à Longueuil, les matinées sont réservées aux matières de base, français, mathématiques, anglais. «Je fais tout ce qui est plus difficile le matin parce que je trouve que c’est à ce moment-là que les enfants ont plus d’énergie et sont plus concentrés, dit Maude, qui se procure les manuels d’apprentissage en librairie. Le reste de la journée est libre. Les activités de l’après-midi varient en fonction des intérêts et des besoins de mes enfants. Par exemple, s’il y a une matière à approfondir, on prend du temps pour ça. Mes filles ont aussi plusieurs activités parascolaires. Charlotte fait partie d’un club de nage synchronisée, elle prend des cours d’allemand. Félicia suit des cours de violon.»

L’étudiant chercheur Thierry Pardo, de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), s’est penché en 2008 sur la façon dont les parents dispensaient l’instruction à domicile. Son enquête de projet de maîtrise l’a conduit dans les familles, pour observer la façon dont elles organisaient leurs journées. «J’ai constaté que les parents ne reproduisaient pas le format scolaire entre quatre murs, dit-il. Ils font preuve d’inventivité dans leur approche pédagogique, et s’appuient fortement sur leur environnement: ils vont par exemple beaucoup au musée, dans les parcs ou les bibliothèques.»

Maude Duplain affirme prioriser justement cette approche. «Ma plus grande aime cuisiner, explique-t-elle, alors je la laisse faire à l’occasion, car cette activité lui permet de sortir de ses cahiers et d’appliquer de façon naturelle des notions de mathématiques et de chimie, comme les poids et les mesures. À l’école, elle n’aurait pas ce plaisir.»

Les raisons de leur choix

Le sentiment d’enrichissement que procure cette éducation n’est qu’un des multiples arguments des parents qui ont fait le choix de l’école maison. Une équipe de chercheurs de l’Université de Sherbrooke a enquêté en 2003 sur les motivations des parents qui pratiquaient la scolarisation à domicile. La première d’entre elles serait la recherche de l’efficacité dans l’apprentissage de l’enfant, grâce à un enseignement «sur mesure». «Quand on suit son enfant pas à pas, on peut déceler ses difficultés plus rapidement et répondre spécifiquement à ses besoins, témoigne Mélissa Lépine, une autre maman qui a fait le même choix pour son fils unique de 9 ans. Et c’est sans compter qu’on a alors le loisir de mettre l’accent sur ses intérêts, pour lui permettre d’aller plus loin.»

Vient aussi l’intérêt pour le projet familial: «Cette façon de faire permet de solidifier les liens familiaux et de partager une expérience rare avec mon fils», dit encore Mélissa, ajoutant à sa conviction que les parents sont les mieux placés pour éduquer leurs enfants. «Les écoles font un travail dévoué pour remplir leur mission d’instruire, de socialiser et de qualifier les enfants, reconnaît la chercheuse Christine Brabant, de la Faculté d’éducation de l’Université Sherbrooke. Mais on sait qu’elles n’atteignent pas toujours leurs ambitions et n’ont pas les réponses à tous les problèmes, par exemple le décrochage, l’échec scolaire ou la qualité inégale de la formation.»

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