samedi 24 novembre 2012

Le Québec est-il raciste?



http://www.lapresse.ca/debats/le-cercle-la-presse/actualites/201206/07/48-478-le-quebec-est-il-raciste.php

Sur son blogue radio-canadien, la journaliste Sophie Langlois lance cette question qui est loin d'être épineuse aujourd'hui, tant elle a été posée et souvent répondue par l'affirmative. Mais ce qui me dérange dans ce débat, c'est qu'on sous-entend invariablement que c'est le Québécois blanc «pure laine» qui est raciste. Or, avec la présence massive de dizaines de communautés culturelles sur son territoire, le Québec a radicalement changé et le racisme reflète maintenant cette nouvelle identité : il est diversifié.

Plus de 40 ans après la mise en place de la politique canadienne du multiculturalisme, il est difficile d'ignorer les limites de ce grand projet idéaliste qui encourage les immigrants à préserver leur culture d'origine tout en adoptant les valeurs de leur société d'accueil. Ce serait jouer à l'autruche de prétendre que nous pouvons tous vivre ensemble en harmonie en acceptant d'emblée les différences et particularités de chacun. C'est plutôt un fossé de méfiance qui tend à séparer toutes ces solitudes. Les Québécois veulent garder leur patrimoine culturel intact, les immigrants aussi. Les uns n'ont malheureusement pas plus tort ni raison que les autres.

Si les Bélanger sont plus «employables» que les Traoré au Québec, comme le mentionne un rapport publié récemment, c'est qu'il y a un courant qui ne passe pas à certains niveaux. Mais à force de souligner à traits foncés ces exemples où le minoritaire comme l'Africain est victime de discrimination, on renforce ce sentiment chez lui qu'il est systématiquement défavorisé par rapport à la masse dominante. Et il se méfie à son tour. C'est alors un cercle vicieux qui s'enclenche. Devrait-on pour autant se taire sur ces humiliations que subissent les immigrants? Non. Mais j'aimerais qu'on mette aussi de l'avant des figures qui sont parvenues à composer avec l'inconnu, avec celui qui vient d'ailleurs.

À quand un vrai tête-à-tête?

Il n'y a pas 10 000 façons de vaincre ses peurs : il faut trouver le courage de les affronter. Si vous voulez le savoir, c'est ce que j'ai fait. J'ai grandi avec l'idée que le Québécois me ferait toujours des misères. Que voulez-vous, c'est ce qu'il a fait à mes parents quand ils sont arrivés ici. Les «jobines», ça les connaît eux aussi. Ils ont suivi le même parcours ardu que bien des immigrants. Mais à un moment, il a fallu que je me questionne et que je fasse un choix : devais-je croire que le même sort m'était réservé et me contenter de cette présomption ou devais-je plutôt aller à la rencontre de celui qu'on m'avait appris à craindre et me présenter comme son égale? Je vous laisse deviner l'avenue que j'ai empruntée.

«Tu n'imagines pas combien les Québécois peuvent être racistes», m'a dit une fois une Québécoise. J'aurais dû lui rétorquer : «Tu n'imagines pas combien les immigrants peuvent être racistes.» C'est vrai que sans cette fameuse politique du multiculturalisme, je ne serais probablement pas ici. Mais j'en veux à l'ambition démesurée de ce projet qui voulait tous nous unir avec nos différences. Ce n'est pas simple d'accepter l'autre sans le connaître. Chaque cas de discrimination est là pour nous le rappeler.

Bien que je sois une épicurienne, je n'aime pas essayer de nouvelles saveurs. Pourtant, c'est ce que j'ai fait avec le Québécois pour vaincre la peur qu'il m'inspirait : je l'ai goûté. J'ai ainsi pénétré son intimité et lui ai ouvert les portes de la mienne. C'est dans cette mise à nu réciproque que toutes les barrières qui me séparaient de lui sont tombées. Oui, j'ai perdu mon racisme dans un lit. Et vous, votre exploration de l'autre qui vous fait peur est-elle prévue au menu?

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