jeudi 8 mars 2012

Journée internationale de la femme - Chronique d’une maman en pleurs


Hier soir, un déluge de larmes est venu saccager mon intérieur à l’aube de la Journée internationale de la femme. C’est la vue de petits bourgeons qui a provoqué ce monstre de remous en moi. Très loin de m’annoncer de bonnes nouvelles, ces bourgeons-là ont fait défiler devant mes yeux toutes sortes de fin : la fin de son innocence, la fin de ma main dans la petite sienne pour la guider, la fin de ces innombrables dessins au coup de crayon enfantin qui remplissent mon mur, la fin de la spontanéité de son amour pour moi.

J’ai vu poindre à l’horizon des nuages orageux de mésentente, vu des chemins rocailleux de distance nous séparer, vu mon piédestal de maman adulée s’effondrer sous le poids des disputes. Ces bourgeons-là ont beau être naissants, ils n’en sont pas moins pour moi le signe de la mort de tous ces idéaux que je me suis créés en imaginant ma relation avec elle. Ils me disent qu’elle a 9 ans aujourd’hui, mais qu’elle en aura 18 avant que j'aie le temps de m'en rendre compte. Qu'elle empruntera sous peu ce passage ponctué de doutes qu'est l'adolescence pour se diriger vers sa vie adulte. Qu'elle prendra bientôt SES décisions, qu’elle remettra en question tout ce que je lui aurai inculqué, qu’elle déploiera ses propres ailes pour voler. Qu’elle deviendra vite une femme et que cette journée spéciale du 8 mars sera également la sienne. Je sais que le temps passera très rapidement; je le sais parce que je n’ai pas vu venir ces bourgeons-là.

Le choc de cette vision que j’ai eue ne lui est pas passé inaperçu. Elle a tenté de me rassurer en me disant qu’elle est toujours une enfant, pour longtemps encore. Elle m’a fait des caresses de petite fille, a frotté le bout de son nez contre le mien, m’a embrassé sur le front, s’est accrochée à mon cou pour me rappeler que nous sommes proches malgré tout. Rien n’a réussi à défaire ce nœud dans ma gorge. Mais je garde espoir qu’elle dit vrai et que sa petite main cherchera toujours la mienne, même quand ces bourgeons-là auront fini de fleurir. J’espère encore que ce corps qui se transforme si vite et me cause tant de tourments ne deviendra pas son pire ennemi. Que fillette se souviendra que maman lui a appris de s’élever au-delà de considérations trop superficielles pour devenir une personne accomplie, forte et courageuse.

Je souhaite, ma Sarafina, que ces larmes d’angoisse que je verse aujourd’hui se tariront pour laisser place à une grande fierté de te voir te tenir debout et la tête haute à mes côtés, grandie de toutes ces épreuves qui te façonneront. Comme moi, j’aime à croire que tu verras en cette Journée internationale de la femme l’occasion de te réjouir de ta beauté unique, et de celle incontestable de tes pairs. Pour toi, je veux que ta condition de femme représente un cadeau inestimable de la nature, un privilège que tu t'emploieras chaque jour à célébrer.

Bonne journée à toutes.