mardi 26 mars 2013

Dans la peau d'une préado

Murielle Chatelier
Enfants Québec
Février-Mars 2013
Extrait


Entre leurs jeux encore enfantins, leur corps qui se féminise et les modèles féminins hypersexualisés que leur présentent les médias, comment les préadolescentes d’aujourd’hui traversent-elles ce pont entre l’enfance et l’adolescence?


Darlen, Megan et Priscilla, toutes trois âgées de 10 ans, se sont penchées sur la question de leur puberté naissante, assises en tailleur autour d’un bol de croustilles. «La puberté, c’est traumatisant et c’est une vraie catastrophe, s’écrie d’emblée Darlen. On a les seins et des boutons qui poussent, les règles qui arriveront bientôt…» Et Megan de renchérir : «Oui, c’est l’enfer. On grandit et c’est pas l’fun.» Priscilla, quant à elle, relativise un peu et voit plutôt d’un bon œil ce passage vers la vie plus adulte.  «Je grandis, mais je suis contente parce que mes parents me rendent davantage responsable! » dit-elle.

Dans cette période, qui est aussi celle de leur développement psychosexuel, l’évolution de leur corps est un élément très sensible pour les préadolescentes, comme le confirme Frédérique Saint-Pierre, psychologue au CHU Sainte-Justine et coauteure de 2 livres sur la sexualité des 0 à 12 ans.  « Pour certaines, la préadolescence est un une notion affolante parce qu’elle sonne le glas de leur enfance, mais pour d’autres, cette même réalité est une source de fierté.»

Audrée-Jade Carignan, une sexologue qui a collaboré avec l’équipe de recherche du Centre jeunesse de Montréal, souligne les questionnements qui accompagnent cette période. « C’est une période où les certitudes acquises durant l’enfance sont ébranlées, dit-elle. L’identité sexuelle se crée vers l’âge de 3 ou 4 ans, pour s’ancrer définitivement vers 6 ou 7 ans, âge où les filles sont très conscientes de ce qui les distingue des garçons. Mais quand la puberté arrive, elles s’interrogent sur ce sentiment d’appartenance. Elles se demandent quel genre de femmes elles veulent devenir, cherchent à se rassurer sur la qualité de leur féminité… et se mettent à tester  les "outils" offerts par leur environnement, qu’il s’agisse d’accessoires de mode, de cosmétiques, de vêtements ou de nouvelles attitudes de séduction.»

Beauté, froufrous et garçons

Une chose est sûre : pour ces préados, l’expression de la féminité va de pair avec la mise en valeur de leur beauté et le besoin d’être belle. Loin de le nier ou d’en être gênées, elles le déclarent au contraire comme une évidence. «C’est très important pour une fille d’être belle, dit Priscilla, parce que tu ne veux pas être "rejet". Moi, je porte des marques à la mode, je mets des vêtements stylés et serrés, comme des skinnys, et des chandails qui montrent l’épaule. Les filles doivent avoir du swag

Cette quête de la beauté ne doit pas inquiéter, et elle serait même saine, selon Frédérique Saint-Pierre. «À cet âge-là, dit-elle, le besoin d'être belle surpasse celui d'être vue comme attirante pour l'autre sexe. Les préadolescentes ont surtout besoin de sentir qu’elles font partie d'un groupe, qu’elles sont semblables aux autres, et qu’elles seront ainsi acceptées. À ce stade, on constate que les préadolescentes sont encore dans le jeu, qu’elles sont davantage dans la coquetterie que dans la séduction.»

Le souci nouveau de se mettre en valeur n’aurait-il pas – aussi – un lien avec lesdits garçons, qui doivent difficilement rester indifférents à la féminité de leurs consœurs de classe? « Non», répondent à l’unisson les préadolescentes. «Les garçons sont des bébés et ils font juste des niaiseries, alors que les filles sont plus matures», ajoute Megan, qui est pourtant la seule à avoir déjà eu des copains à qui, tient-elle à préciser, elle donnait simplement des bisous sur la joue.


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