Enfants Québec
Février-Mars 2013
Extrait
Février-Mars 2013
Extrait
Entre leurs jeux encore enfantins, leur corps qui se
féminise et les modèles féminins hypersexualisés que leur présentent les
médias, comment les préadolescentes d’aujourd’hui traversent-elles ce pont
entre l’enfance et l’adolescence?
Darlen, Megan et Priscilla, toutes trois âgées de 10 ans, se
sont penchées sur la question de leur puberté naissante, assises en tailleur
autour d’un bol de croustilles. «La puberté, c’est traumatisant et c’est une
vraie catastrophe, s’écrie d’emblée Darlen. On a les seins et des boutons qui
poussent, les règles qui arriveront bientôt…» Et Megan de renchérir : «Oui,
c’est l’enfer. On grandit et c’est pas l’fun.»
Priscilla, quant à elle, relativise un peu et voit plutôt d’un bon œil ce
passage vers la vie plus adulte. «Je
grandis, mais je suis contente parce que mes parents me rendent davantage
responsable! » dit-elle.
Dans cette période, qui est aussi celle de leur
développement psychosexuel, l’évolution de leur corps est un élément très
sensible pour les préadolescentes, comme le confirme Frédérique Saint-Pierre,
psychologue au CHU Sainte-Justine et coauteure de 2 livres sur la sexualité des
0 à 12 ans. « Pour certaines, la préadolescence
est un une notion affolante parce qu’elle sonne le glas de leur enfance, mais
pour d’autres, cette même réalité est une source de fierté.»
Audrée-Jade Carignan, une sexologue qui a collaboré avec l’équipe
de recherche du Centre jeunesse de Montréal, souligne les questionnements qui
accompagnent cette période. « C’est une période où les certitudes acquises
durant l’enfance sont ébranlées, dit-elle. L’identité sexuelle se crée vers l’âge
de 3 ou 4 ans, pour s’ancrer définitivement vers 6 ou 7 ans, âge où les filles
sont très conscientes de ce qui les distingue des garçons. Mais quand la
puberté arrive, elles s’interrogent sur ce sentiment d’appartenance. Elles se
demandent quel genre de femmes elles veulent devenir, cherchent à se rassurer
sur la qualité de leur féminité… et se mettent à tester les "outils" offerts par leur environnement, qu’il
s’agisse d’accessoires de mode, de cosmétiques, de vêtements ou de nouvelles
attitudes de séduction.»
Beauté, froufrous et garçons
Une chose est sûre : pour ces préados, l’expression de
la féminité va de pair avec la mise en valeur de leur beauté et le besoin
d’être belle. Loin de le nier ou d’en être gênées, elles le déclarent au
contraire comme une évidence. «C’est très important pour une fille d’être
belle, dit Priscilla, parce que tu ne veux pas être "rejet". Moi, je porte des
marques à la mode, je mets des vêtements stylés et serrés, comme des skinnys, et des chandails qui montrent
l’épaule. Les filles doivent avoir du swag.»
Cette quête de la beauté ne doit pas inquiéter, et elle
serait même saine, selon Frédérique Saint-Pierre. «À cet âge-là, dit-elle, le
besoin d'être belle surpasse celui d'être vue comme attirante pour l'autre sexe.
Les préadolescentes ont surtout besoin de sentir qu’elles font partie d'un
groupe, qu’elles sont semblables aux autres, et qu’elles seront ainsi acceptées.
À ce stade, on constate que les préadolescentes sont encore dans le jeu, qu’elles
sont davantage dans la coquetterie que dans la séduction.»
Le souci nouveau de se mettre en valeur n’aurait-il pas –
aussi – un lien avec lesdits garçons, qui doivent difficilement rester
indifférents à la féminité de leurs consœurs de classe? « Non», répondent à
l’unisson les préadolescentes. «Les garçons sont des bébés et ils font juste
des niaiseries, alors que les filles sont plus matures», ajoute Megan, qui est
pourtant la seule à avoir déjà eu des copains à qui, tient-elle à préciser,
elle donnait simplement des bisous sur la joue.